Vinexpo n’est pas un long fleuve tranquille

### Veni, vidi, vici, Vinexpo

Vinexpo fête son 32ème anniversaire, et atteint l’âge mûr. Pour cette édition 2013, toute la Place de Bordeaux était en ébullition, beaucoup de kilomètres parcourus, de contrats signés, de deals conclus, de mains serrées et de coudes levés pour finalement très peu de sommeil. La prestigieuse Fête de la Fleur donnée par la Commanderie du Bontemps vient de clore cette incroyable semaine, et IntotheWine revient sur ces cinq jours de folie.

Alors que la crainte d’une affluence et d’un engouement plus faibles pesait, les premières estimations donnent du baume au cœur, et c’est l’optimisme qui prime au sortir de cette semaine. En effet, quelque 2 400 exposants de plus de 44 nationalités différentes ont pu voir défiler sous leurs yeux les 45 000 personnes qui se sont déplacées à Bordeaux pour ce grand rendez-vous.

### Le Bourget du vin

L’aéronautique a son Bourget, le vin a son Vinexpo. L’analogie est d’autant plus pertinente que le vin représente le deuxième secteur d’exportation français, talonnant ainsi l’aéronautique. Jamais autant de professionnels n’ont été réunis en un seul et même endroit que dans le Hall 1.

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Une sorte d’immense hangar de 10 hectares (9500m²) réaménagé avec des kilomètres de stands à pertes de vue. Ca grouille dans les allées, tout le monde s’entasse, et l’on ne circule que difficilement pour aller d’un bout à l’autre du hall.

Tout le gratin est présent, l’occasion est trop belle, et même les politiques, habituellement aux abonnés absents quand il s’agit de vin et d’alcool en général gratifient le salon d’une petite visite ultra-médiatisée. Cette année, c’est le Ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll qui a fait le déplacement, querelles sino-européennes obligent… lien

Deux ans auparavant, la présence chinoise était telle qu’elle n’avait fait qu’encourager le développement de ce marché qui n’a de cesse de s’accroître de manière impressionnante. L’euphorie n’était pas la même pour cette édition 2013. L’affluence et la représentation bien moindres des chinois étaient tout de même notables. Moins de chinois donc.

### Business is business

Ce salon est un salon professionnel, destiné au gros importateurs, négociants, restaurateurs et acheteurs de vin du monde entier. Il faut savoir que cette machine de guerre qui rassemble des personnalités de tous les continents, est le lieu de grosses affaires pécuniairement parlant.

Tous les stands ne sont pas faciles d’accès tant l’aspect professionnel peut sembler prendre le dessus sur le pur plaisir de déguster de bons vins, et de se rapprocher du terroir. Certains stands, comme celui du négociant Joanne, s’apparentent même à une forteresse, une citadelle imprenable. Gigantesques et fermés, ils n’encouragent pas le moindre quidam à s’y aventurer dans l’espoir d’y trouver un petit vin sympathique à déguster.

Vous l’aurez compris, sur le papier, Vinexpo, ce n’est pas forcément le meilleur endroit pour découvrir des régions et producteurs inconnus, papoter avec eux, déguster deux ou trois vins, et repartir avec une caisse de 6.

### Les « in » et les « off » de Vinexpo

Pourtant, ce salon ne se limite pas qu’à cette prérogative business. Il est possible à Vinexpo de boire un verre avec le facétieux et « bon vivant » Daniel-Etienne Defaix, producteur à Chablis qui nous raconte que la personne à qui il vient de serrer la main est le meilleur ami de Vladimir Poutine, et que Lady Di n’avait d’yeux que pour son vin, avant de nous parler de corrida. Tout comme il est possible deux stands plus loin de capturer une discussion amusée entre Philippe Faure-Brac (meilleur sommelier du monde) et Charles Philipponnat.

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Le tout, toujours dans la bonne humeur en essayant de ne pas rater les « bons plans » de Vinexpo. Ainsi, M. Defaix nous envoie-t-il au stand du Château Mangot, où, dit-il, on peut déguster les meilleurs Saint-Emilion. Qui a dit que les bourguignons et les bordelais étaient des frères ennemis ? Antoine Olivier, barbu qui arbore un maillot de bain et un tuba, nous a d’ailleurs confié s’y sentir chez lui…

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Dans ce salon professionnel, tout le monde ne se prend pas forcément au sérieux. L’important n’étant pas de se prendre au sérieux, mais de faire son travail sérieusement. L’ambiance est aussi conviviale, et il est difficile de se déplacer d’un stand à l’autre sans avoir à s’arrêter pour saluer et papoter avec une connaissance rencontrée au hasard.

Il y a le salon Vinexpo, et les  »off », ces soirées à l’extérieur du parc des expositions. Tout le monde du vin est réuni en un seul endroit, c’est alors l’occasion d’en profiter pour gâter clients et journalistes lors de soirées au domaine ou dans d’autres lieux prestigieux. Nous avons ainsi pu découvrir le Château La Favière, un nouveau Bordeaux Supérieur qui veut se placer très vite comme une référence d’excellence de l’appellation, et son excellente cuvée Intégrale, à la Max Bordeaux Wine Gallery le temps d’une soirée.

Ne considérer Vinexpo que comme un événement destiné à booster « l’industrie » du vin française, est quelque peu regrettable. C’en est bien sûr la prérogative première, mais comment ne pas aussi le voir comme une célébration, entre curieux et amateurs du vin sous toutes ses formes : autant les grands crus, que les producteurs méconnus. Comment cantonner Vinexpo à un événement commercial, et ne pas trouver le côté « intime, fraternel et amical » du vin lorsque l’on passe cinq minutes avec le jovial, talentueux et sympathique Olivier Dauga ? Et comment ne pas parler de découverte de qualité après avoir goûté les vins de Sancerre de Pascal Jolivet avec son fils Clément ?

Il est aisé de réprouver le manque de naturel d’un tel salon, avec ses « projecteurs halogènes » et leurs lumières artificielles. Vinexpo est avant tout un salon professionnel, mais nombreuses furent les découvertes et les bons moments passés autour de vins excellents, pas nécessairement hors de prix. Nous n’avons pas tout vu, tout lu, tout bu. Si certains s’amusent à se conformer dans l’anticonformisme (eh oui, c’est très « in » d’être « out » aujourd’hui), nous ne pouvons pas nous le permettre, notre curiosité n’est pas près de se tarir, et c’est tant mieux !

 

juin 20, 2013

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