Dyonisos et les collectionneurs de grands crus.

## Au hasard d’un dîner, Oswald Corvatsch, vous savez bien le roi de la Frite Diététique, m’a confié la délicate mission de lui dénicher la bouteille la plus ancienne possible et, a-t-il ajouté, la plus chère du monde .

Clairement Corvatsch n’était pas hostile à un peu de publicité .

Je fis appel aux lumières de Reresby Straightline dont l’autorité à la tête d’une des plus grandes maisons de vente aux enchères, s’étendait sur la totalité du monde viti-vinicole.

Sans hésitation Reresby trancha « Je ne vois qu’une pièce répondant à vos critères : une mise spéciale effectuée pour et aux armes de Jefferson du temps où il représentait les Etats Unis à Paris. Pièce rarissime mais il arrive qu’il m’en passe entre les mains. Je vous aviserai. Comptez tout de même dans les 200.000 dollars, frais en sus bien sûr. »

Consulté, mon commanditaire me donna le feu vert sans un battement de cil sur le montant qu’il lui faudrait débourser pour satisfaire son caprice.

L’attente parut longue mais une nuit le téléphone sonna à une heure indue. La voix de Straightline vibrait d’excitation : » Je l’ai…comme vous m’aviez donné carte blanche j’ai enlevé cette bouteille de 1785 (Jefferson) après une lutte épique à…(grésillement)…allo….oui, à 325.000 dollars ».

A ce prix il a daigné confirmer que le niveau était bon et l’étiquette lisible. Mais la beauté incomparable de ce trophée provenait des deux « J » croisés comme des épées dans le cartouche soufflé à la bouche sur le haut de l’épaule. Informé, Corvatsch aux anges organisa incontinent une grande cérémonie destinée aux media.

Toute l’affaire fut donc un franc succès et lui valut une couverture presse/TV exceptionnelle…

**Un an plus tard Corvatsch m’appelle au téléphone « Dyonisos, mon vieux, vous m’avez foutu dedans et fais perdre 325.000 dollars »**

Devant mon incompréhension, il explique qu’il s’agit de la désormais célèbre bouteille Jefferson dont le niveau de liquide ne cesse de baisser d’alarmante façon.

« Enfin, dis-je très ennuyé, je connais votre cave, la bouteille couchée dans une atmosphère à 16°, le vin ne peut s’évaporer comme ça ».

Il y eut un infime silence avant que ne se déchaîne l’ire du roi de la Frite Diététique : » Vous vous payez ma tête, mon vieux, vous ne croyez quand même pas que j’investirais 325.000 dollars pour les mettre dans une cave…

Naturellement, la bouteille est dans mon bureau enchâssée dans une vitrine ,éclairée par huit spots…c’est vous qui m’avez dit qu’il s’agissait d’une œuvre d’art… ».

Sans avoir pu m’en assurer car nous sommes restés en froid, je crois pouvoir affirmer qu’à cette heure il ne reste de ce rare témoin du XVIII° s. plus une goutte de vin mais une merveilleuse preuve historique du raffinement d’un des esprits les plus importants de son époque.

Si je devais donner un conseil aux collectionneurs de grands crus, je dirais –« Pour les plus-values, misez toujours sur l’emballage »-

 
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