Et si au bout du compte il ne restait plus rien à vendanger ?

Dans un bel élan d’unité nationale plutôt rare en ceci qu’il englobe nos journalistes aux doigts tâchés d’encre généralement peu portés sur le consensus, l’ensemble de ceux qui s’intéressent au breuvage des dieux, s’accorde à célébrer l’audace des dernières innovations portées à la connaissance du public par de nouveaux et dynamiques producteurs aux cerveaux féconds.

Ainsi apprenons-nous avec admiration que tel cru prestigieux jette ses tracteurs à la ferraille pour confier les labours à de solides percherons, alors que tel autre équipe les épaules robustes de ses journaliers d’astucieuses petites valises pleines à ras-bord de précieux jus de chaussette, pendant qu’un troisième embauche un astrologue chargé de régler à l’aide des astres le calendrier des façons, traitements, récolte, mise en bouteille et pourquoi pas, dégustation.

On découvre aussi avec des yeux écarquillés de surprise les tout nouveaux concepts défendus par les champions de la modernité dont l’essence serait contenue dans un grand principe : LAISSER FAIRE LA NATURE. Vous aurez compris une fois pour toutes qu’un bon vin n’a besoin que de bons raisins pour venir au monde et que dame NATURE faisant bien les choses, elle fournit pour les protéger d’innombrables petites bêtes dont personne ne pouvait soupçonner qu’elles pussent seulement exister tant elles sont minuscules et, autant l’avouer, résolument invisibles.

Mais l’esprit pionnier de nos actuels gourous n’a pas fini de nous étonner. Ils ressuscitent les bonnes vieilles cuves de grand-père, placent leur confiance dans les microbes, renvoient la maîtrise des températures aux brasseurs de bière et ne se lassent pas de répéter ad nauseam que l’authenticité ainsi que l’expression du terroir se passent tout à fait de toutes ces complications inventées par l’homme dans ses laboratoires depuis Pasteur et n’ont en définitive aucun besoin de son assistance pour se révéler spontanément.

Je reste confondu par tant de modernité et je suis ravi. L’hiver nous tourne le dos, les beaux jours arrivent, il est temps de suivre le chemin glorieux qu’on nous trace. Si j’ai bien tout compris, il ne me reste plus rien à faire jusqu’aux vendanges.

Cependant un doute me saisit : et si au bout du compte il ne restait plus rien à vendanger ?

 
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