Frédéric Brochet ou le neurone d’avance

## Il a des airs de Benoît Poelvoorde, il en a les mimiques, les expressions, il peut être aussi drôle mais c’est Frédéric Brochet.

Il n’est pas humoriste ni Belge, il est vigneron dans le département de la Vienne dans la région Poitou-Charentes. A force d’abnégation et de folie, ses vins partent aujourd’hui dans le monde entier ; des cuvées qui peuvent approcher la centaine d’euros. Issu d’un terroir qui ne bénéficiait d’aucune image – voire négative, la prouesse est époustouflante.
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Son histoire a souvent été contée mais elle mérite de l’être encore tellement elle incarne cette France qui avance contre une autre, immobile, jalouse, lamentable.

### Le Philip K. Dick du vin

Le gamin est de Poitiers, personne n’est parfait. Son père bosse pour le CNRS dans la détonique ; pas commun. Frédéric a le cerveau bien fait, intègre Normale Sup. C’est un scientifique pur jus, il prend les tangentes, manie les logarithmes avec une certaine dextérité. Mais il conserve dans un coin de son hémisphère un peu de poésie ; celle d’un enfant élaborant avec son père et son grand-père des dizaines litres de vin dans la maison familiale de Marigny-Brizay. C’est à quelques pas du Futuroscope et Frédéric Brochet se persuade que l’on peut y faire du très bon vin. Les conditions scientifiques ne prouvent pas le contraire. Après un stage en Australie et une thèse de doctorat sur la dégustation du vin et le champ de la conscience, il franchit le pas. « Je me suis dit que je pouvais satisfaire toutes mes curiosités scientifiques dans le vin, de la pédologie à la chimie, de la physique à l’ampélographie, jusqu’à la neurobiologie lorsqu’il s’agit de déguster le produit », explique-t-il le plus simplement du monde.

C’était en 1995, Chirac devenait Président, Brochet vigneron ; il avait 23 ans. Il aurait fallu l’imagination de Philip K. Dick pour décrire ce que sa propriété allait devenir.

### Contre les vignerons les plus pollueurs de la planète

L’intello appelle son domaine Ampelidae et vinifie ses premiers jus dans une cave troglodyte qui est restée dans la famille. Et c’est bon ! « Du coup, petit à petit, j’achète des vignes, des raisins, prends des vignobles en fermage », raconte l’intéressant. Ça paraît simple. Comme tombé du ciel, un certain Benji Meuli, financier londonien, achète un château dans le coin et souhaite investir dans le vin. Les deux hommes se tapent dans la main, le Maître du Haut Château surveille intelligemment les investissements et Poelvoorde a les mains libres pour satisfaire ses ambitions vinicoles.

Marigny-Brizay voit débarquer des cuviers, des machines agricoles et des barriques comme il en existe dans le Bordelais ou la Napa Valley. Brochet élabore des sauvignons magistraux, des chardonnays racés, de précieux cabernets, des pinots noirs ambitieux, etc. Et en faisant du volume !

Il fait dans la bulle aussi, à faire rougir beaucoup de Champenois. Sa recette ? La science. N’en déplaisent aux punks à chien du vin, à certains cas sociaux du bio, il analyse tout, il expérimente, pèse, tente de comprendre, d’évoluer, de progresser. De fait, sa conversion en bio se fait sans poupée vaudou ni faucille, ni marteau, qui plus est dans une région qui compte, sous prétexte de distiller leurs vins, les vignerons les plus pollueurs de la planète !

Il devrait être décoré par l’ineffable Ségolène Royal !

Sans conteste, sa formation a donné à ce vigneron un neurone d’avance comme l’éducation scientifique d’Edgar Allan Poe a nourri avec le brio que l’on sait sa littérature.
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#### Erza Pound

 

août 19, 2013

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