L’affaire 1855.com

Depuis quelques années le site 1855.com est en pleine tourmente et doit faire face à d’importantes difficultés financières. Mauvaise gestion et clients insatisfaits, le site de vente en ligne est comptablement dans le rouge chaque année. Le site n’a jamais vraiment été rentable et a particulièrement souffert de la spéculation de riches étrangers, notamment des chinois, sur les vins de Bordeaux entraînant l’envolée des prix. Le site est d’autant plus pointé du doigt car l’un de ses actionnaires principaux est Jean-Pierre Meyers, époux de la fille de Liliane Betancourt, propriétaire de l’Oréal et très présente dernièrement dans les médias, cf L’affaire Betancourt.

Contrairement à tout ce que la presse peut publier sur sa situation financière, 1855.com rédige des communiqués de presse pour annoncer les augmentations de capital,  »preuve de la confiance et du soutien des investisseurs »…surtout lorsque l’on sait que la société majoritairement actionnaire est la société APHRODITE, holding créée en 2009 par le président-fondateur du site 1855.com. Dotée de 16.8 millions d’euros, cette holding n’est en réalité qu’un paravent financier pour masquer le manque de trésorerie. Le capital de la holding est basé sur les parts des associés fondateurs sur la base de 3.50€ l’action à l’époque.
Dans cette affaire pas besoin d’écoute téléphonique, le site va même jusqu’à publier un communiqué en avril annonçant un bénéfice de 528 000€ pour l’année 2010. Or un audit réalisé en juillet révèle un déficit de 780 000€ pour la même année.
Alors une question se pose, comment arriver à lever des fonds avec une telle situation financière et d’où proviennent réellement ces fonds?

###  »ETRE A LA DISTRIBUTION CE QU’HERMÈS EST A LA MODE »
1855.com est un site de vente de vin en ligne dont la particularité est la vente de vin en primeur. Créé par deux diplômés de grandes écoles, l’un d’HEC et l’autre de l’Université de Dauphine à Paris, le site repose sur un concept simple: pré-vendre des primeurs aux internautes et acheter les bouteilles un an et demi plus tard, une fois le vin élevé. Le mot d’ordre des fondateurs du site:  »Etre à la distribution de vin, ce qu’Hermès est à la mode. » Concept très risqué car les vins mis en vente ne sont donc pas achetés et encore moins stockés par 1855.com. Ils peuvent ainsi vendre des vins auxquels ils n’auraient pas accès en primeur (1er Grands Crus Classés).

Dès le début, tout le monde y croit surtout les meilleurs connaisseurs parmi lesquels de prestigieux hommes d’affaires, de la finance et du show-biz qui font partie de la clientèle. 1855.com voit les choses en grand et organise de très grandes dégustations de vin dans des palaces parisiens avec plus de 1000 invités, des catalogues de luxe… Le site a d’ailleurs également annoncé une autre dégustation de ce genre à la fin du mois de novembre à l’Intercontinental à Paris. La société entre en bourse en 2006 dont le cours de l’action est fixé à 4€ pour l’introduction. Aujourd’hui, l’action ne vaut plus que 0.07€. Le président-fondateur a même obtenu le prix de  »l’entrepreneur modèle » par le Sénat et l’Essec, grande école de commerce.

###  »UN PUR SITE D’ESCROCS »
Lorsque les bouteilles de vin sont pré-vendues à un prix inférieur à celui de l’achat un an et demi plus tard, le site est dans l’incapacité d’honorer ses commandes. Les clients, très mécontents après bon nombre de relances, se sont rassemblés et ont porté plainte à plusieurs reprises. Depuis 2007, la Revue des vins de France a ouvert un dossier pour les [victimes de 1855.com](http://www.larvf.com/,1855-com-site-internet-vente-de-vin-probleme-livraison-conseils-clients-recours,10366,4024205.asp  »1855.com: comment récupérer nos vins? »). La pile de dossiers continue de s’épaissir et le célèbre journal du vin proposent une liste de  »recours pour les acheteurs non livrés » dont le fait de porter plainte collectivement.
Ce qu’ils en pensent:  »Le Hermès du vin qu’ils disaient… »,  »Je suis entièrement d’accord pour dire que 1855.com sont des ***et même plus des *** »,  »un pur site d’escroc »,  »Quand je pense que c’est un sommelier qui m’a conseillé 1855…je m’en mords les doigts »,  »Je m’attends à un long bras de fer au mieux, et presque deux ans de regret au pire »…
Pendant que certains attendent de recevoir leurs bouteilles de vin pendant plus d’un an, d’autres deviennent les malheureux acquéreurs de millésimes moins prestigieux que ceux commandés. De nombreux sites et forums ont été créés pour apporter soutien, conseil et aide à des victimes qui ne savent plus quoi faire pour récupérer leurs vins.

Malheureusement, les internautes ne sont pas les seuls à souffrir. Les vignerons deviennent malgré eux des victimes et souffrent de la mauvaise image du site car les victimes réclament parfois leur vin directement auprès des propriétaires envoyés par le site 1855.com lui-même.

Pour se défendre, le président-fondateur dit qu’Amazon non plus n’a pas été rentable au début… le problème pour 1855.com, c’est que cela fait maintenant 16 ans que c’est le début.

 

nov 18, 2011

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