La Guerre des Bouchons : Liège VS Capsules

## On serre de plus en plus la vis à nos bouchons dont le liège est aujourd’hui remis en question malgré 3000 ans de bons et loyaux services.

Quand les capsules veulent faire sauter notre traditionnel bouchon en liège celui-ci ne compte pas se laisser faire!

On en voit de plus en plus sur nos bouteilles et les chiffres le prouvent : on est passé de 300 millions d’unités en 2003 à 3.6 milliards en 2011.
Le bouchon de liège reste tout de même de loin le leader sur le marché avec une part de marché mondiale de 69% soit 11,9 milliards d’unités par an en 2011.

Qu’en est-il réellement de ces nouvelles capsules ? Quels sont les avantages et les inconvénients ? Quel avenir ont-elles ? Pourront-elles s’imposer sur nos bouteilles ?
Entendrons-nous un jour nos petits-enfants dire : “Grand-père, il est tellement vieux qu’il a connu des bouchons de bouteilles de vin en liège !” ?

### On met pour vous sur le ring le liège et la capsule.

A votre droite, 3000 ans d’histoire, un bruit plus que familier et inimitable, l’empreinte d’un vin et de ses arômes, de la classe, du style mais aussi une fâcheuse tendance à laisser son goût sur le vin, j’ai nommé : le bouchon en liège !

A votre gauche, dans un style beaucoup plus sobre et moderne, inodore elle compte bien s’asseoir sur le haut de nos bouteilles dans les prochaines années : la capsule à vis.

### Round 1 : Us et coutumes

Savez-vous ma petite dame quel pays a bien pu inventer la capsule à vis ?
Vous avez senti le piège ? Et bien vous avez raison ce n’est pas les Etats-Unis, ni l’Australie ou encore l’Allemagne mais bien la France !
C’est même une invention bourguignonne qui date de 1968.

Pas si jeune que ça la capsule ! Mais pas facile de changer ses habitudes surtout quand elles sont ancrées depuis 3000 ans…
Le bouchon de liège fait parti de l’histoire du vin, des techniques mais surtout il est présent dans tous les esprits.
Le vin au delà de la simple boisson est un objet culturel en soi. Le bouchon en liège en fait partie, l’enlever déstabiliserait un grand nombre de personnes.

Ce qui est nouveau fait peur. Le feu, l’électricité, le cinéma la télévision, le téléphone portable, internet… On pensait ne jamais s’y faire et aujourd’hui on ne peut pas vivre sans.
Bon la capsule ne devrait pas révolutionner le monde, loin de là, mais elle changera peut-être l’esthétique de nos bouteilles nos habitudes et les modes de consommation.

Ce qui est moderne n’est pas toujours synonyme de progrès mais il faut avouer que la modernité peut avoir de bons côtés (et la capsule en a) donc il ne faut pas se braquer tout de suite et tenter d’analyser les deux techniques objectivement.

A noter que tout dépend bien sûr de notre culture. Les pays Anglo-Saxons ou du nord de l’Europe semblent être déjà très ouverts concernant les capsules (80% de bouteilles capsulées en Océanie !).
En France les bouteilles à capsule sont très souvent réservées à l’export mais ne séduisent pas ou peu les consommateurs français.

### Round 2 : Les aprioris et faux semblants

Le bouchon de liège est lié à des notions de qualité. Pourtant le fait qu’une bouteille soit bouchée avec du liège ne garantit en rien la qualité du vin. Au contraire même, l’authenticité d’un vin serait mieux respectée selon des spécialistes avec des capsules (voir le round 6 sur la conservation).
En revanche son attente n’est pas la même pour les vins premiums où le bouchage liège est espéré.
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_« Les capsules à vis, c’est pour les mauvais vins »_, autre pensée largement répandue notamment sur les forums et qui peut être contestée.

Il est vrai qu’aujourd’hui l’utilisation de la capsule à vis, du moins en France, est destinée au bouchage des vins « plaisirs », faciles à boire, pour une clientèle jeune, mais elle n’est pas pour autant réservée à ce type de produits et peut s’adapter aussi aux plus grands.

S’il existe des vins médiocres bouchés avec du liège, il y a aussi de très bons vins à capsule.

On peut citer l’initiative du Château Margaux, qui effectue depuis plusieurs années des tests de bouchages et des dégustations comparatives. Verdict prudent tout de même : Margaux se convertira aux capsules à vis, mais pas avant 40 ans !

### Round 3 : observation

Qu’on soit ouvert ou pas, la capsule à vis n’a pas un charme fou. Au toucher ce n’est pas très agréable et il faut dire que l’excitation que l’on peut sentir avant de déboucher une bouteille disparait un peu. L’ouverture est très mécanique, le bruit : d’une froideur angoissante. Quelques efforts ont été faits pour la rendre visuellement plus agréable, imitant même les capsules de sur-bouchage classique.

De son coté Le bouchon en liège est devenu cool !
Souvenez-vous cette campagne de communication de l’association planète Liège dont nous vous avions parlée (cf [article](http://www.intothewine.fr/magazine/les-news/le-liege-fait-son-show-sur-planete-liege  » »)).
Les aventures du p’tit bouchon ont séduit un large public et redonné au liège une image moderne et jeune. Mais oui on t’aime p’tit bouchon !
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### Round 4 : Pratique

D’un point de vue pratique les bouteilles munies de capsules à vis ont des avantages notamment pour le stockage : debout ou couché peu importe la position l’impact est nul sur le vin (on couche les bouteilles bouchées en liège pour que le vin soit en contact avec le bouchon et qu’il ne devienne pas trop sec). Un point pratique pour tous ceux qui n’ont pas de cave.

L’un des arguments des pro-capsules est aussi sur la facilité d’ouverture et de fermeture des bouteilles. Plus besoin de forcer pour essayer de re-rentrer un bouchon récalcitrant. A noter aussi un gain de temps notamment pour les restaurateurs.

Les fabricants de capsules tentent même d’instaurer un rite d’ouverture en pré-ouvrant la capsule puis en la faisant glisser le long de l’avant bras. Pas sur que ça devienne une mode

### RIP tire bouchon : « la capsule m’a tuer »
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Mais non le tire-bouchon n’est pas encore mort et votre limonadier n’est pas une vieille relique vintage. L’attachement que l’on a à cet instrument ne devrait pas faiblir. Ce geste presque rituel, fait partie dans les esprits d’une étape normale voir indispensable lors de la dégustation d’un vin comme nous l’explique Didier Navarro spécialiste du Bouchage (ConceptoVino) :

_“Il existe un véritable rituel du débouchage, ce moment où le consommateur enfonce son tire-bouchon, le tourne délicatement et extrait en douceur le gardien des arômes qu’est le bouchon.”_

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Tout comme le bruit du bouchon qui sort de la bouteille. La froideur de la capsule qui se dévisse à la place du  »Ploc » plus ou moins bruyant mais synonyme de fête et de bons moments dans l’inconscient collectif.
Un bruit qui ne pourra être reproduit ou imité par une capsule et qui ne risque pas de disparaitre de sitôt.

### Round 5 : Le Goût

Les diverses dégustations comparatives à l’aveugle ne donnent pour le moment que des conclusions aléatoires.
Si les professionnels parviennent souvent à identifier le type de bouchage, ils ne s’accordent pas tous pour dire que l’un est meilleur que l’autre.

Pour se faire notre propre avis nous nous sommes rendus à une dégustation comparative organisée par des spécialistes de la capsule à vis : Stelvin.

A l’aveugle nous avons gouté deux Nuits Saint Georges Blanc (Domaine Michel et Patrice Rion) en 2005 et 2007 et un Saint-Emilion Château Vieux Larmande 2003.

Même vin, même année, même élevage, même date de mise en bouteille, une seule différence : le bouchage. Et bien c’est absolument déroutant car des différences il y en a !
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Sur les bourgognes blancs servis, les différences sont bien présentes : sur les deux millésimes le premier verre apparait plus agréable et moins rêche en bouche, des arômes de fleurs blanches et une pointe de citron ressortent et rappellent le chardonnay de ce vin qui contient aussi un peu de pinot blanc. L’autre verre plus fermé mais qui s’ouvrira vers la fin, le vin est plus âpre et moins ample en bouche. C’est subtil mais on voit clairement ressortir un même vin mais pas au même stade de son évolution.

Verdict : les premiers verres proviennent des bouteilles bouchées en liège !

On passe ensuite au rouge avec le Vieux Larmande 2003. Là on trouve beaucoup moins de différences, c’est encore plus subtil.
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Les deux vins sont très agréables et bien faits. Le premier a un nez très ouvert avec de belles notes de cuir et de mûrs, très fluide en bouche, précis, les tannins sont souples et la structure est bonne. Le second moins ouvert au premier abord offre une bouche un peu plus dense et longue. C’est ample, très rond, plein de fruits, très agréable également.

L’impact de fraicheur que peut avoir un vin selon son type de bouchage n’est pas clairement ressorti sur ce millésime très chaud à Bordeaux.

Moins de différences sur cet exemple, quelqu’un demande alors : « On couche avec qui ? » et une dame de répondre : « On couche avec le premier et on parle avec le second ».

L’ambiance studieuse de la dégustation se détend et le verdict tombe le premier vin vient de la bouteille à capsule, le second à eu une bouteille bouchée classiquement.

Il y a les pour, les contre mais surtout beaucoup d’indécis car il faut bien avouer que l’on secoue un peu ses habitudes.

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Le seul avantage incontestable de la capsule, est que quoi qu’il arrive, elle n’a pas de goût de bouchon!

Même le plus fervent défenseur du bouchage traditionnel s’est déjà retrouvé à maudire ce petit bout de liège pour avoir ruiné l’une de ses grandes bouteilles.

Malgré de nombreuses recherches entreprises par des spécialistes pour éviter ces problèmes désagréables en bouche, il est impossible de garantir une réussite qualitative à 100%.
Un goût de bouchon que l’on retrouve selon certaines études sur 5% des bouteilles bouchées en liège.

L’industrie au service du goût.

“Le bouchage à vis est un bouchage industriel, donc uniforme et standardisé.
C’est le bouchage idéal pour que le goût du vin souhaité par son producteur, soit le même de la 1ere à la dernière bouteille. Il n’y a pas de surprise pour le consommateur final.”

### Round 6 : la conservation

Pas de mauvaise surprise de goût de bouchon, mais qu’en est-il de la surprise d’une belle évolution d’un vin dans le temps.
Sur ce point les nouvelles capsules tentent de contrer l’idée qu’elles sont destinées aux vins jeunes. Car si le liège, malgré ses défauts, a largement fait ses preuves au cours du temps on ne peut pas vraiment en dire autant des capsules.

L’oxydation d’un vin peut être néfaste notamment lorsqu’elle est prématurée, car elle peut apporter des odeurs vinaigrées.
Mais il est indispensable de prendre en compte le fait que certains cépages, ont besoin d’oxygène pour vieillir! Cette oxydation permet au vin d’atteindre son optimum mais elle doit être maîtrisée.

Concernant la capacité de conservation des bouteilles avec les capsules à vis, des études comparatives ont été réalisées avançant qu’elles ne bloqueraient pas le processus de vieillissement du vin.

_“Aujourd’hui, il existe 2 types de capsules ou plutôt 1 capsule mais 2 possibilités au niveau du joint.
Le joint qui se trouve au fond de la capsule, assure l’étanchéité mais aussi la perméabilité de cette dernière. Le choix du joint est fait en fonction du vin, des cépages qui le composent, des circuits de distribution, et surtout de l’embouteillage. Dans les 2 cas, les échanges gazeux sont maitrisés.”_ Nous explique Didier Navarro.

Il serait donc possible d’envisager la conservation d’un vin avec une capsule à vis si celle-ci est adaptée et que toutes les conditions d’élaboration et de conservation (bonne température et bonne oxygénation) sont respectées.

### Round 7 : Le prix

Obtenir du liège de qualité pour nos bouchons, est de plus en plus difficile. Le bouchon traditionnel très demandé est devenu un bien rare et précieux pour l’industrie viticole.

Les chênes requièrent beaucoup de patience et d’attention car il faut attendre un âge minimum « légal » de 170 ans et une maturité de 25 années, pour pouvoir l’exploiter ! Les règles d’écorçage sont très strictes, c’est un métier difficile qui demande une main d’œuvre et un savoir-faire particulier, qui se transmet de génération en génération.

Quand on demande à Didier Navarro, il est clair que pour lui il n’y a pas besoin de débattre, c’est la capsule à vis qui l’emporte. “Le bouchage traditionnel est composé de deux éléments: du bouchon et de la capsule de surbouchage. Alors que pour la vis vous avez un produit qui répond à ces deux besoins” nous explique t-il.

Il faut compter une moyenne de 4 à 10 cents pour les capsules à vis et 4 cents à 2 euros pour le bouchon traditionnel auquel il faut rajouter une capsule de surbouchage qui varie entre 2,5 cents et 8 cents.

Chez Stelvin lors de la dégustation comparative, on atténue ce propos et on explique même que les vignerons ne font pas le choix de la capsule par rapport aux économies de coût qui seraient très relatives et pas toujours vérifiées. Ils préfèrent avancer que la motivation vient des producteurs soucieux de protéger au mieux la qualité de leurs vins.

Bien sûr ce discours fait un peu sourire mais on ne peut pas leur reprocher d’être partisans, ils le sont !

### Une guerre des bouchons où chacun à son propre vainqueur et c’est bien comme ça. L’avenir dira comment seront couvertes nos futures bouteilles…

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_Un grand merci à Didier Navarro pour ses réponses, à Jeanne Aka Miss Stelvin pour nous avoir convié à cette superbe dégustation comparative et à Elisabeth pour son superbe détournement de la guerre des boutons que voici_ :
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juin 08, 2012

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