La syntaxe des oiseaux ou autre guerre du vin

## Ce sont les primeurs, formidable foire à l’ail sur la place de Bordeaux, invention financière géniale faisant accessoirement tomber les dents… et dont le jeu consiste à juger des filles de 12 ans en spéculant sur ce qu’elles seront à 18.

Bien. A part Latour qui ne veut plus en entendre parler, c’est une joyeuse effervescence printanière qu’accompagnent la floraison de la vigne comme la syntaxe des oiseaux.

Derrière cette fête, ne nous trompons pas, c’est la guerre des propriétaires qui rivalisent de pré-assemblages et de petits fours, prêts à faire le Harlem Shake pour séduire le joli monde venu de tous les horizons pour juger, déjuger, acheter, s’abstenir, le tout dans une ambiance perplexe, suspecte envers un système encore étourdi de l’inflation des millésimes 2009 et 2010. Habemus Primum.

### Faites la guerre, pas le vin !
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La guerre du vin, voici un grand sujet ! On la retrouve dans des livres. Le premier qui usa de ce titre, Wine and War, fut une vraie supercherie. Ecrit par Don et Petie Kladstrup au début des années 2000, ce couple a raconté les anecdotes historiques que les vignerons ont bien voulu distillées. De fait, on a que des Résistants et l’apologie du récit semble proportionnelle aux caisses de vin déposées dans le coffre de ce brave couple.

Heureusement, en 2012 est parue La Guerre des Vins aux éditions Flammarion avec pour sous-titre Plus cher que l’or, plus rare que le pétrole. Enfin un ouvrage sur la guerre économique du vin ! Macache. Aymeric Mantoux et Benoist Simmat (par ailleurs scénariste de sympathiques Bande-Dessinée sur le vin chez 12bis) recensent en fait les bars à vin de la planète, balançant des références, des noms de châteaux, et raccrochant à la fin des chapitres à la notion de guerre comme si le lecteur pouvait en effet se poser la question de savoir si le sujet était traité. Par ailleurs on y apprend que le cépage de Châteauneuf-du-Pape est la syrah (certes mais surtout le grenache…) et on y découvre que les auteurs sont émus lorsqu’ils roulent sur le Golden Gate Bridge.

Pour des reporters de guerre – du vin ! Mais que fait l’éditeur ?

### Nossiter et Ribéry

Bref, un heureux guide du routard qui irait de bar à vins en bar à vins mais très léger sur l’investigation qu’annonçaient le titre et le sous-titre.

On s’attendait à des enquêtes sur les veilles stratégiques entre les grandes holdings, sur la guerre des lobbies autour d’un classement à Saint-Emilion, sur les ventes aux enchères, les faussaires, sur l’histoire d’un hold-up sur Château-Grillet, sur les stratégies d’achats comme avait pu l’autopsier Nossiter dans son Mondovino (que l’on peut toujours critiquer mais dont le travail d’investigation fut indéniable).

Pressions, chantages, pots de vin, il y aurait de la matière… Du reste, le récit serait honnête si le titre était « Un tour du monde du vin » où l’on apprendrait que Barcelone est la ville pionnière sur le concept du bar à vin ou que Bordeaux donne justement « le la sur la planète » en matière d’œnologie…

Et s’achève alors la lecture de ce livre pour un lecteur déçu, plus encore dépité des actualités : un ministre socialiste en charge de lutter contre l’exil fiscal qui mettrait ses deniers en Suisse ou à Singapour, Gérard Miller qui revisite la sexualité débridée de DSK, un Julian Assange qui boit du cognac à l’Ambassade de l’Equateur à Londres, un Franck Ribéry qui, paraît-il, arrêterait de dévisser les salières à la cantine de Clairefontaine.

### Tout compte fait, les primeurs et La Guerre des Vins, ça a du bon !

_Aymeric Mantoux, Benoist Simmat, La Guerre des Vins. Plus cher que l’or, plus rare que le pétrole, Flammarion, 2012, 282 p., 21€._

#### Erza Pound

 

avr 02, 2013

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