Le billet d’humeur de Dyonisos : \ »produire dans le respect de la nature, du terroir, de l’environnement\ »

## J’ai une manie : pour me détendre, je fais les salons. Je ramène de ces expéditions une épaisse moisson de brochures que je lis, compare et commente ensuite avec mon vieux complice (depuis la 12° à l’Ecole Alsacienne) Jesus de Vaz y Caucau, un garçon qui a fait des études.

Son savoir est celui des fils de Cervantès, encyclopédique. Il ne connaît aucun rival pour apporter une réponse intelligente à une situation compliquée.

Ainsi nous fûmes ensemble à Vinexpo. Passionnant. Il y avait là, savamment assemblés, les producteurs des cinq continents. On aurait dit qu’ils s’étaient donné le mot : »produire dans le respect de la NATURE, du TERROIR, de l’ ENVIRONNEMENT.

Parfait, mais le terroir ne ferait-il pas partie de la nature et de l’environnement ? Et l’environnement ne serait-il pas naturel ? Enfin, la nature répudierait-elle une part d’elle-même à savoir l’environnement, en excluant le terroir ? Jesus, soucieux demanda à réfléchir : » Ce pourrait être une question philosophique, dit-il, considérons pour le moment qu’il s’agit plutôt d’une approche prolepsique (1). Car, enfin, il ne t’aura pas échappé que les mêmes se réclamant deux lignes plus loin et dans la même phrase de « méthodes rigoureusement ancestrales ainsi que des techniques les plus avancées » dénoncent par avance toute critique, si par malheur on les surprennait dans les allées du SITEVI (2).

En effet les dépliants nous apprennent qu’on remplace les pesticides par des coccinelles qui éradiquent les insectes prédateurs de la vigne (sans nous dire de quoi vivront les malheureuses coccinelles une fois lesdits prédateurs exterminés), les fongicides par une décoction d’ortie (sans expliquer où poussent les orties nécessaires au traitement de millions d’hectares). Jesus a balayé ces objections d’une seule envolée dialectique : » Quand il n’y aura plus d’acariens, qui aura besoin de coccinelles ? Quant aux orties, il suffira d’arracher le nombre d’hectares nécessaire à leur production pour couvrir la protection du vignoble.. » C .Q .F.;D ..

Pour achever de me convaincre, Jesus a calculé le nombre exact d’hectares de vignes qu’il faudrait arracher. Au centiare près. Et il avait raison : on obtenait la surface adéquate à la production d’orties.

L’ennui c’est qu’après, si on a des orties, on n’a plus de vignoble.

(1)Prolepse : (du grec prolepsis) procédé de style par lequel on prévient une objection qu’on réfute d’avance
(2))SITEVI : Salon International des Techniques Viti-vinicoles

 
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