Le billet d’humeur de Dyonisos: vin et mondialisation

## Mon copain roumain, Mircea, a conservé de son enfance Tzigane la faculté de convoquer les esprits.

Longtemps je l’ai supplié de faire revenir celui de mon père –« Juste pour une heure ou deux, tu comprends, j’aimerais tellement qu’il puisse voir ce que notre génération a su apporter à nos vignobles, et aussi l’explosion des vins du nouveau-monde, la révolution des producteurs espagnols, italiens etc… »- Mircea s’est toujours montré réticent sur le sujet-« Tu risquerais une grande déception » martelait-il sans plus d’explication l’œil sombre et la moustache en berne. Mais ce matin il a brusquement changé d ‘humeur : » Bon, tu l’auras voulu, d’accord aujourd’hui à onze heures mais pas plus d’une heure s’il te plaît, l’éther est passablement encombré en ce moment avec le G20. ».

Papa a toujours eu un esprit très ouvert et le verbe haut. Il a quitté ce monde voilà quarante ans mais il ne lui a pas fallu plus de cinq minutes pour comprendre comment marche le monde viticole aujourd’hui.. Il n’a pas mâché ses mots :-« Bien, me dit-il tout de go, résumons : tout le monde plante du chardonnay, du cabernet du merlot, du pinot noir et même du vionnier n’importe où, On ne sait plus très bien si on boit du vin ou une décoction de chêne, le bourgogne rêve de passer pour du bordeaux, le bordeaux singe le californien, les italiens lorgnent du côté des chiliens, les espagnols vers les australiens qui eux-mêmes louchent en direction des chinois et les chinois, crois-moi, en fin de compte b…….. tout le monde. De toute façon il n’y a plus que deux œnologues qui vinifient l’ensemble de la production planétaire. Je crois que vous appelez çà « la mondialisation. Moi j’appelle çà un beau bordel et si vous continuez ainsi , vous finirez comme les journalistes qui à force de se recopier mutuellement, ne savent plus de quoi ils parlent. Entre nous, je ne vois pas ce qu’il y a d’intelligent à essayer de reproduire chez soi ce que le voisin fait déjà chez lui tellement mieux depuis si longtemps. ».

Mircea mon pote, est un sage. Il avait fait tout ce qu’il pouvait pour m’épargner. Il voyait bien, lui, que la vérité, comme Janus, a deux visages. Et même, peut-être, plus…

 
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