Le Château de la Crée : la Bourgogne aux accents suisses

### La (Crée)ation d’un domaine en Bourgogne : mode d’emploi

C’est en 2004 que Nicolas Ryhiner, un réalisateur et metteur en scène suisse fait l’acquisition de ce château situé à Santenay en Côte d’Or sur la route des grands crus avec en tête l’idée de créer un véritable domaine produisant des vins de qualité sans pour autant nier l’histoire qui le précède.

Pour ce faire une rénovation à tous les étages s’est révélée indispensable. Du château lui-même à la cuverie en passant par une restructuration des vignobles, il y avait du pain sur la planche. Il a fallu retaper le château qui était presque à l’état de ruine, et racheter des maisons au cœur de Santenay pour en faire une cuverie qui abritait également des caves cisterciennes comme un trésor caché.

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Au sein même du domaine du château sont compris 1,4 hectares de vignes. Petit à petit Nicolas Ryhiner rachète des parcelles, pour rassembler (fait assez rare pour être remarqué) 2,2 hectares de Santenay d’un seul tenant, et 10 hectares au total comprenant des appellations aussi diverses et prestigieuses que Volnay, Pommard, et Chassagne-Montrachet. Il n’y a d’ailleurs qu’une mince route qui sépare les parcelles de Santenay de celles de Chassagne-Montrachet. 10 hectares c’est la taille moyenne d’un domaine en Bourgogne tant les terroirs sont parcellés. On est bien loin des gigantesques domaines que l’on peut rencontrer à Bordeaux ou dans d’autres régions. Si c’est cela qui confère à cette région son exceptionnelle diversité et particularité, cela rend la possibilité de se constituer un grand domaine en partant de rien quasiment impossible, « à moins d’être un chinois milliardaire, et de payer non pas au prix fort, mais à un prix démentiel bien au delà du raisonnable ».

Vous l’aurez compris, Nicolas Ryhiner y est allé étape par étape, sans précipitation et avec beaucoup de simplicité pour mener à bien ce projet.

### Partir à la découverte de la Bourgogne grâce au vin

L’attrait qu’exerce la Bourgogne n’est pas seulement dû à la qualité de ses vins, il l’est aussi pour la beauté de ses paysages. Et ça, le propriétaire suisse du domaine l’a bien compris. Ainsi l’objectif du Château de la Crée n’est-il pas seulement de s’inscrire comme une valeur sûre et qualitative de la Côte-de-Beaune, mais aussi de créer un lieu de découverte, d’ouvrir la Bourgogne aux étrangers, et notamment à ses compatriotes suisses…

Le décor s’y prête, le château juché sur les hauteurs de Santenay offre des paysages pittoresques, une architecture étonnante remodelée au fil des siècles (depuis le XVème), et surtout la proximité des vignes. Effectivement, au sein même du parc du château se trouve « Le Clos du Château », parcelle d’un hectare qui sert à produire un santenay-villages.

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Ce château, entièrement rénové depuis son rachat fait office office de « gîte ». Seulement, on n’y vient pas pour y mener la vie de château et se dorer la pilule au soleil, on y vient pour faire découvrir le vin. En une journée, il est très facile de faire l’aller-retour en provenance de Paris, de visiter, déguster, se promener et découvrir cette riche région qu’est la Bourgogne.

La cible privilégiée de cette œuvre culturelle ? Les suisses. L’helvète, Nicolas Ryhiner explique que les vins de Bourgogne n’avaient pas forcément une bonne image de l’autre côté des Alpes, son objectif est donc de promouvoir cette région en ses terres natales. C’est pourquoi lui et sa femme, « partageant le même groupe sanguin : le pinot noir » ont décidé de délaisser le chasselas au profit du cépage bourguignon.

L’autre motif qui se cache derrière ce choix est la demande croissante des suisses pour les chardonnays. Ainsi, petit à petit, plante-t-il du blanc là où précédemment se trouvait du pinot noir jusqu’à ce qu’un tiers de ses vignobles de Santenay soient plantés en chardonnay.

### Et le vin ? Une ambition assumée

L’ambition première demeure tout de même la production de vin. Qu’en est-il alors ?

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Largement concentré sur Santenay qui représente le gros des vignobles du Château de la Crée, le domaine s’étend sur 18 appellations. A Santenay, une appellation pourtant principalement dédiée au pinot noir, les propriétaires et leur équipe ont fait le pari de planter un peu plus de chardonnay, et le résultat n’est pas décevant, avec notamment notre vin blanc coup de cœur, le Santenay 1er Cru « Beaurepaire » 2010. Un très beau vin blanc avec des notes très fraîches de menthe au nez, et une très grande finesse en bouche, sertie d’une élégance étonnante qui affine et structure de jolis arômes floraux dont la présence discrète ne vient pas empiéter sur le reste. La finale est en accord avec cette dynamique, longue qui s’adoucit très progressivement. Un très beau Chardonnay, à un prix encore accessible (pour la Bourgogne) de 19,50€.

Sur les rouges, malgré les nombreux 1ers Crus, c’est le Santenay « Clos de la Confrérie » Monopole 2010 qui se démarque. C’est un vin assez sucré et porté sur les fruits rouges, bien plus racé que les autres Santenay, la trame est parfaitement définie. On dénote également un peu de poivre, et d’épice sur la finale. Pour 15€, c’est une très bonne occasion pour (re)découvrir la Bourgogne à un prix raisonnable.

Ces vins de Santenay n’ont rien à envier aux Volnay et Pommard – si bons soient-ils – que produit également le château, bien au contraire.

Les vins sont à la hauteur du charme et de la grâce des paysages. L’ouverture que propose le château en s’ouvrant aux visiteurs dans un écrin bien soigné et raffiné, avec un accueil chaleureux et presque bienveillant incite à déguster les vins de Bourgogne dans leur apparat originel, à l’endroit même où ils ont été conçus, pour faire ainsi d’une pierre deux coups. Ne dit-on pas d’ailleurs que le fruit est toujours meilleur sous l’arbre ?

 
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