Le millésime 2012 à Bordeaux : le Temoignage de Christian Hostein, Chef de culture du Château Talbot

## Le millésime 2012 à Bordeaux : Irritant, tardif, complexe, original, technique…

Pour avoir cumulé pas mal de handicaps d’abord, puis quelques bonnes surprises ensuite, le millésime 2012 à Bordeaux échappe aux classifications hâtives, et veut que l’on s’y penche avec attention et perspicacité.
Si l’on doit écouter tout le monde, on se perd en conjectures sémantiques, chacun ajoutant son couplet : c’est un millésime exaspérant (pour le vigneron), hétérogène (pour le consommateur), très réussi (pour les blancs secs), une année jalouse (pour
les liquoreux), etc….

Tenons-nous en à ce commentaire clair et net des œnologues de la chambre d’agriculture de la Gironde : « 2012 est assurément un bon millésime ». C’est dit.

### « 2012 est assurément un bon millésime »

Bon millésime ne veut pas dire grand, et si globalement, Bordeaux a fait mieux que 2011, on n’est pas pour autant à des niveaux comparables à 2009 et 2010. La nature n’est pas aussi généreuse tous les ans, et la météo de 2012, à part un beau et salutaire mois d’août, a mis les nerfs du viticulteur à rude épreuve. Beaucoup de pluies et un juillet frisquet ont entrainé une maturation tardive, mais pas forcément un défaut de maturité.

Les meilleures réussites sont à chercher du côté des vins blancs secs, parfaitement équilibrés, fruités et aromatiques, avec cette vivacité qui apporte la fraîcheur. Même chose pour les rosés, qui échappent à la lourdeur des années chaudes, et qui vont
accompagner avec grâce et tonicité un été qui s’annonce ensoleillé.

Les blancs liquoreux n’ont pas obtenu cette heureuse homogénéité. Ce fut dans le Sauternais un millésime « éprouvant mais inespéré », avec des rendements faibles, et des qualités variables, où l’on ne doit pas sous-estimer d’incontestables succès.

Pour les rouges, les vertus de l’assemblage merlot-cabernet, et l’apport de certains cépages comme malbec, petit verdot ou cabernet franc, permettent au bon vigneron de gommer ce que coulure, oïdium, millerandage, mildiou, botrytis et humidité, ont laissé de fâcheux dans les grappes. Personne ne saurait nier, de bonne foi, que 2012 est aussi un millésime technique, où il a fallu autant de vigilance dans les vignes, attaquées de champignons, de maladies et de parasites, que de soins attentifs au chai.

Sur ce point, les apports de l’œnologie et de la technique, fruits de l’école bordelaise depuis les avancées déterminantes de la fin du siècle dernier, montrent leur redoutable efficacité. 2012 est donc bien le millésime du bon vigneron, celui où l’homme a pris le dessus et a compensé par son travail incessant et son savoir-faire, toutes les difficultés d’une année compliquée, exigeante et capricieuse.

C’est pour toutes ces raisons que 2012 est « assurément un bon millésime » et que les bons terroirs vont amener dans les caves des amateurs des bouteilles formidables, des vins sincères, typés et harmonieux, fidèle reflet du classicisme bordelais.

Pour débuter cette présentation du nouveau millésime voici le témoignage de Christian Hostein, Chef de culture du Château Talbot :

### Christian Hostein, Chef de culture du Château Talbot, Grand Cru Classé en 1855, Saint-Julien

 »Voici la fin de l’année et l’heure des bilans. La tension est retombée. Le vignoble retrouve le rythme laborieux et routinier du début d’hiver. Le vin nouveau commence à être logé dans les bois neufs et nous voyons se dessiner ce que sera ce millésime.
On peut se demander d’où sortent ces quelques cuves extraordinaires de cabernet sauvignon car de prime abord, le climat de l’année n’était pas avec nous.
A un hiver plutôt sec et froid (hiver le plus froid depuis 30 ans), un printemps frais et pluvieux a succédé. Il a entrainé une floraison capricieuse et une nouaison imparfaite.

Le résultat : l’apparence d’une petite récolte, semblable à 2002, merlots confidentiels, cabernets sauvignons très « aérés ».

Le début de l’été continue à être peu conciliant avec nos espoirs et il faut attendre août pour voir enfin s’installer un temps sec et chaud, jusqu’à un début de canicule qui a échaudé quelques raisins les plus exposés aux rayons de l’après-midi, souvent
en bout de rang.

Septembre s’annonce plutôt bien, nous vendangeons nos sauvignons blancs les 12 et 13 puis les sémillons le 17, à point, avec une belle fraîcheur et des arômes exotiques mêlés de pêche blanche et de poire.

Jusque-là, tout allait bien et finalement le cumul des températures s’apparentait à 2010. Peut-être cela allait-il le faire ?

Mais la deuxième partie du mois de septembre se gâte et de nombreuses précipitations sont enregistrées et pas que dans les pluviomètres ! Les grains gonflent, l’eau est aux racines. Le botrytis cinerea, notre ennemi juré, peu présent jusqu’alors, va exploser littéralement début octobre. Le parti de ramasser les merlots du 1er au 3 octobre fut un bon pari. Pas de sur-maturité mais une belle concentration et l’équilibre sucre-acidité donne des lots de grands merlots vifs et expressifs, équilibrés.

###  »On ne dort plus et on vit dans une sorte de sauna »

Nous allons ensuite prendre la décision d’arrêter les vendanges 6 jours ! On ne dort plus et on vit dans une sorte de sauna ; humidité de l’air proche de 100 % et température de 18°C même la nuit.

Les cèpes sortent dans toutes les garennes proches de nos vignobles et c’est à la faux que certains les ramassent ! Mauvais présage !

Mais la reprise des vendanges est là et les petits verdots, si sensibles, nous donnent de l’inquiétude, nous les vendangeons en une journée, dare-dare !

Les cabernets sauvignons enchaînent, on fait la part du feu sur les zones les moins nobles et on rentre le plateau au summum de maturité pour ce millésime. Les peaux se fragilisent mais le potentiel phénolique est intact et ils vont donner des cuvées
certes limitées mais d’une complexité et d’un classicisme bordelais parfaits.

L’eau, si elle est néfaste en excès, a ici, sur le cœur du plateau dans les plus grands terroirs, l’effet d’un polissoir sur une pièce d’orfèvrerie. Tout est sans aspérité, dans la netteté et dans la courbe, dans la sensualité ! La perfection n’est pas loin pour ces vieilles vignes au feuillage sénescent. Elles nous livrent leurs fruits comme un testament, témoin du travail de tous, dans un climat médocain affirmé ! Nous finissons les vendanges le 16 octobre, exsangues et lessivés.

A ce jour, les fermentations malolactiques se terminent, Noël verra les vins tranquilles logés dans nos barriques neuves. On parle des assemblages en janvier, ce mystère, alchimie de nos palais et de nos sensibilités. Ils interviendront pour construire ce
millésime si difficile à faire venir sous le climat que j’ai décrit mais où la race devrait parler. »

 

mar 13, 2013

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