Les viticulteurs ont-ils aussi droit à la retraite ?

## Albert Pinot et Sabine Merlot se sont rencontrés sur le campus de l’université de Lyon ; le premier obtient un diplôme d’Economie et la seconde une maîtrise de Droit.

Ils découvrent qu’ils viennent du même canton du beaujolais où leurs parents sont viticulteurs, et que, sans le savoir, ils ont partagé la même enfance alternant école et petits travaux dans la vigne. Tous deux, doués pour les études, avaient fait le même constat : impossible de vivre convenablement du revenu d’exploitations aussi réduites.
D’où leur décision de s’armer pour une autre vie.

Albert intègre une P.M.I. de Villeurbanne comme chef de Projet, Sabine une étude de notaire à Lyon. Ils se marient, empruntent sur 20 ans pour acquérir un appartement, ont deux enfants. Leurs parents prenant de l’âge, aspirent à se retirer et leur proposent de reprendre les 2 exploitations.

### Albert et Sabine gardaient la nostalgie de leur terroir.

Ils calculent que les surfaces additionnées des deux vignobles atteignent un seuil quasi rentable, qu’en vendant leur appartement et en empruntant, ils pourront agrandir l’exploitation des quelques hectares supplémentaires rendant leur projet viable. Ils se lancent dans cette entreprise risquée.

Les deux premières décennies sont très dures. Pour boucler leur budget,, élever les enfants, faire face aux annuités, Sabine et Albert n’ont d’autre solution que de maintenir une double activité, elle comme clerc du notaire du village, lui comme consultant de gestion à la coopérative. Leur journée de travail frise les 18 heures sept jours sur sept.
Ils ne prennent pas de vacances.

La cinquantaine sonnée, les prêts remboursés, ils prennent les dispositions nécessaires pour transmettre le patrimoine qu’ils ont constitué par leur travail acharné, à leurs enfants. Leur vignoble étant revalorisé et le prix du foncier s’étant envolé depuis le départ de leur aventure, trouver la somme nécessaire au paiement des droits de mutation nécessite un ultime emprunt et le maintien de leur double activité.

A 65 ans ils sont fatigués mais accueillent avec sérénité une retraite confortable eu égard à leur longue carrière et aux taux de cotisation qu’ils ont souscrits.

Sauf qu’aujourd’hui ils découvrent avec horreur que leur revenu va être sérieusement diminué au motif qu’ils seraient des retraités nantis…

Sabine et Albert réunissent leurs enfants : vendez la propriété, leur disent-ils, prenez l’avion et plantez votre vigne au Chili, en Nouvelle-Zélande, où vous voudrez mais dans un pays où trimer toute sa vie pour profiter d’une retraite confortable ne soit pas un péché.

_Illustration : carte postale d’un vieux vigneron bourguignon._

 
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