Lucien, Anthony et Jean-Michel

## Le cercle des Grands Crus Classés médocains est-il ce que l’on croit, impersonnel, spéculatif, hautain ? Ostentatoire, démesurée, irréelle, les observateurs n’ont-ils pas manqué de mots pour décrire la flambée des Grands Crus de ces dernières années ? Et si au contraire, les temps qui courent montraient que ce milieu fourmille de gens sages…

Dans le Médoc, contre toute attente, on ne panique pas à l’idée de la fin d’un monde, celui de la flambée des prix accouchée en 2000 pour s’affirmer en 2005 et imploser sur les 09 et 10. Déjà, le millésime 2011 avait annoncé une accalmie, l’heure du remaniement des cotes avait sonné avant de se confirmer pour le 2012. Terminus, tout le monde descend !

De Pauillac à Margaux, chacun sait d’où il vient. Il n’est jamais agréable de descendre, cela fait grincer des dents mais ça se réalise quand même et avec une certaine sérénité. Une région qui a connu la guerre gagne toujours en sagesse. Car les constructions pharaoniques de Cos d’Estournel, Rauzan-Ségla, Montrose, Prieuré-Lichine et autres Mouton-Rothschild feraient vite oublier au grand public les périodes de vaches maigres qu’a connues le Médoc des années 1950/60 voire 70. Malgré la course à l’armement technologique – que le système fiscal français pousse volontiers, les Grands Crus Classés ne souffrent pas d’Alzheimer.

### Lucien Lurton

Contrairement à ce que l’on entend ici ou là, ils ont bel et bien les pieds sur terre à l’image des Anciens, à commencer par Lucien Lurton, sage parmi les sages, que la vie a rendu humble. « Les Grands Crus Classés ne valaient plus rien dans les années 60, ils perdaient de l’argent », expliquait-il au magazine Terre de Vins en 2010, lui qui a acheté Durfort-Vivens, Desmirail, Climens, etc. « Je ne suis fier de rien, ajoutait-il. J’aurais pu aussi acheter le Tertre et Cantenac-Brown, c’était une époque où les prix étaient ridicules. Je voulais sauver ces domaines, voilà tout ». De fait, les témoignages de Lucien Lurton, du haut de Brane-Cantenac, sont riches d’enseignement. Ne jamais s’enflammer…

### Anthony Barton

Ceux de l’Irlandais à Saint-Julien ne le sont pas moins. « C’est une hérésie de penser que tous les propriétaires des grands crus médocains sont sur un nuage, raconte Anthony Barton. La plupart se souviennent. Ça nous permet de relativiser les hauts comme les bas. Un jour, alors que le Médoc revenait en haut de l’affiche, un grand groupe bancaire m’avait proposé de racheter Léoville-Barton pour un prix considérable. J’ai répondu : « Il faudrait être fou pour ne pas accepter. Mais je suis fou ». » On appelle ça le talent Monsieur Barton.

### Jean-Michel Cazes

« Ca va, ça vient la conjoncture, il faut surtout s’appliquer à faire de beaux vins », explique simplement un autre talentueux du Médoc, Jean-Michel Cazes. Ce pourquoi il n’a pas cherché durant ces primeurs à en faire des tonnes sur le millésime 2012 : « Ne racontons pas qu’il est exceptionnel ou quoi que ce soit, ce seront des vins agréables à boire plutôt qu’à conserver ». Encore un sage…
Les Barton, Cazes et Lurton en ont vu d’autres et délitent l’image stéréotypée d’un monde des Grands Crus soit disant pédant, parisien, et purement financier. Ne serait-ce que ces trois retraités ont montré dans leur vie tout l’art de transmettre, recevoir et de donner. Ces acteurs essentiels la Renaissance du Médoc ont fait des émules. Un par un, chaque cru revoit sa copie pour 2012, revoit son prix à la baisse, sans tiquer, conscient que le marché risquait de saturer.

#### Erza Pound

_PS : L’occasion de mentionner le décès d’un autre sage, d’une autre région, Henri de Saint-Victor, génial bâtisseur de Pibarnon qui nous laisse de précieuses larmes de Mourvèdre._

 

mai 02, 2013

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