L'éducation du vin bientôt dans les écoles ?

Des voix s'élèvent de plus en plus en faveur de l'enseignement du vin à l'école contre l'alcoolisme : paradoxe, bon sens ou provocation ? Verra-t-on le vin s'installer à l'école ?

L’alcool chez les jeunes est un problème souvent évoqué, qui s’amplifie avec le phénomène Binge Drinking.
Originaires des pays Anglo-saxons ces consommations rapides de grandes quantités d’alcools forts sont de plus en plus courantes chez les jeunes.

Souvent évoqué et fortement étudié désormais, certains tentent de pallier à ce fléau en menant activement une résistance contre les partisans de ces boissons alcooliques.

D’autres au contraire prônent l’éducation pour une consommation plus modérée, tournée vers des produits de qualités, fruits de nos terroirs et de notre histoire.

Quand le vin s'invite sur les bancs de l'école

L’idée serait : ouvrir l’école au vin, enseigner son histoire, sa dimension culturelle et gastronomique aux élèves et ainsi les sensibiliser à un mode de consommation responsable et raisonné.

Nous pouvons trouver l'idée choquante dans la mesure ou les élèves n'ont pas l'âge légal pour consommer de l'alcool, mais va dans le sens de la prévoyance. L'éducation plutôt que la prohibition n'est elle-pas une solution plus adaptée même au plus jeune âge ?

Le sujet fait polémique mais est néanmoins d’actualité, en France et à l’étranger.

Jean-Yves Nau interpelle Vincent Peillon

Le site Slate a publié le 07 Juin 2012 un article de Jean-Yves Nau, journaliste et docteur en médecine, mais surtout ancien instituteur. Celui-ci prône l’enseignement du vin à l’école. Il considère le vin comme une richesse de notre territoire français, possédant une forte dimension culturelle et gustative.

Il pointe du doigt un autre paradoxe, alors que la France souhaite inscrire ses terroirs au patrimoine immatériel de l’humanité, nous prônons également une certaine prohibition des produits issus de ces terroirs.

Il estime que le vin est aujourd’hui vulgarisé en étant rangé dans la case « alcool », alors que c’est bien plus que cela. Selon lui, les jeunes doivent être sensibilisés à toutes ces saveurs, aux terroirs d’ou elles proviennent afin de lutter contre les alcoolisations excessives.

"Les vins de France […] sont, à la fois, une des sources de richesses les plus admirables de notre terre généreuse, mais aussi une de nos gloires les plus incontestées. Il y aurait donc quelque chose de contradictoire, d’inadmissible dans le fait que ceux qui ont la charge de l’éducation nationale, ou bien s’opposeraient à cette action concertée en vue de l’intérêt général, ou bien resteraient indifférents aux appels qui leur seraient adressés pour y concourir."

Aujourd’hui, Jean Yves Nau tente de rallier Vincent Peillon, le nouveau ministre de l’Education nationale, à sa cause en s’appuyant sur la circulaire de 1931. Celle-ci fut publiée à l’attention des instituteurs et professeurs de France par Marius Roustan, partisan de l’enseignement du vin pour lutter contre l’alcoolisme.

L'interpellation de Jean-Yves Nau à Vincent Peillon, malgré l'habilité de sa démonstration, a peu de chance d'aboutir.

Le président François Hollande s’étant lui-même opposé à la réforme de la loi Evin, l'annonce aurait l'effet d'un coup de tonnerre, encore plus grand que celui provoqué après la déclaration de Cécile Duflot en faveur de la dépénalisation du cannabis. Pourtant, une sensibilisation à une consommation raisonnée chez les plus jeunes pourrait avoir un impact positif et commence déjà à faire ses preuves dans d'autres pays.

Education au vin : que font les autres pays

A l’étranger, l’initiation au vin est fortement envisagée.

Le premier ministre russe, Medvedev, s’est prononcé à ce sujet. Il souhaite développer la viticulture pour lutter contre l’alcoolisme qui fait des ravages dans son pays. L’enseignement du vin aux écoliers serait un moyen de changer les habitudes de consommation dans ce pays ou la vodka est la boisson nationale. La lutte contre l’alcool est aujourd’hui l’une des priorités de son mandat.

Au Québec, le gouvernement ne se contente pas de s’interroger. Il y a 20 ans, l’association Educ’alcool a été créée en vue de limiter la consommation des Québécois et développer une culture du goût. Différents programmes de prévention ont été conçus pour les enfants, adolescents et adultes, pour “la promotion de la culture de la dégustation au détriment de la culture de l’ivresse”.
Les résultats des sondages sont à la hauteur des attentes : depuis 1991, “les études démontrent que l’on boit moins, mais surtout que l’on boit mieux au Québec. La notion d’ivresse a fait place à celle de plaisir et de qualité du produit”.

Les Etats-Unis, eux, utilisent la peur comme « repoussoir » auprès des jeunes.

Cette méthode est-elle bénéfique ou, au contraire, est-elle susceptible de créer l’effet inverse puisqu’il n’est pas rare que les jeunes soient attirés par ce qui leur est interdit. Peut-on baser l'éducation de nos enfants sur des éléments aussi caricaturaux en jouant sur la peur ?

L'éducation au vin par la dégustation d'eau

Le site Bourgogne Live a consacré un article à une initiative intéressante qui réconcilierait les défenseurs d'une éducation au vin dès l'école primaire, et ceux choqués par cette idée.

Impulsée par le philosophe français Michel Onfray qui se démarque en témoignant son intérêt pour une éducation à la dégustation non pas de vin, mais d'eau.
D’après lui, il est plus judicieux et nécessaire d’initier les enfants à l’eau car la connaissance du vin ne peut être acquise qu’après celle de l’eau.

S'il n’est pas question de faire déguster du vin aux enfants, on peut commencer à éveiller leur palais à des sensations en se servant de la variété des eaux minérales et gazeuses.

« je voudrais que dans les écoles on initie les enfants à l’eau (...) Si vous leur dites, faites attention, fais fonctionner ta conscience sur ce type d’objet, l’eau, à ce moment là vous pouvez la faire fonctionner sur tout y compris sur le vin.»

Vidéo et article à retrouver en entier via ce lien

Il est indispensable de se demander si effrayer ou interdire est la manière idéale pour dissuader les jeunes de consommer à outrance toutes ces boissons alcoolisées. La clé n'est-elle pas dans la modération et les habitudes saines de consommation ? Bien sur, c'est le rôle des parents mais aussi et pourquoi pas de l'école qui pourrait favoriser l'éveil des goûts, la connaissance de notre territoire pour une future consommation plus responsable symbole de plus plaisir et de convivialité, qu'on ne retrouve évidemment pas dans le "Binge Drinking".

2 commentaires sur cet article Voir les commentaires

Article précédent
Le Château d'Yquem repousse sa sortie primeur pour son millésime 2011
Article suivant
Jouer au Golf au milieu des vignes de Sauternes et Barsac

A lire aussi



Devenez contributeur sur Intothewine.com !Passionné de vin rouge ?
Incollable sur le bouchon en liège ?
Contactez-nous

A découvrir aussi

Château Gigault

France, Bordeaux, Premières-Côtes-de-Blaye
Voir sa fiche

Château la Sergue

France, Bordeaux, Lalande-de-pomerol
Voir sa fiche

Plaisir

France, Bordeaux, Bordeaux
Voir sa fiche
Ecrire un commentaire

2 commentaires sur cet article

IntotheWine

le 22/06/12 à 13:38

Excellent article de Bourgogne Live qui illustre et complète bien le propos tenu ici. Merci pour le lien !
Bourgogne Live

le 21/06/12 à 18:54

Une autre initiative intéressante en Bourgogne en direction des classes de Cours Moyen : l'apprentissage de la dégustation du vin avec du jus de raisin.

http://www.bourgogne-live.com/2012/06/comment-expliquer-aux-enfants-la-degustation-du-vin-en-leur-faisant-gouter-du-jus-de-raisin/
Votre commentaire

Veuillez rédiger votre message.

* :
* :
Captcha * :
* :
Envoyer mon commentaire