A l’aveugle, le polar viticole de Jean-Charles Chapuzet

Avec A l’aveugle, le journaliste et écrivain Jean-Charles Chapuzet publie chez Glénat, le premier roman d’une série suivant les mésaventures d’Hippolyte Lapaque, un journaliste vin des plus atypiques.

Une intrigue au cœur des collines rhodaniennes

Pour ce premier volet, Hippolyte Lapaque, un ancien taulard fils de garagiste reconverti en influent critique vin, se retrouve confronté à une véritable intrigue dans les Côtes-du-Rhône, entre Avignon, Saint-Pantaléon-les-Vignes et Rochefort-du-Gard. Un jeune couple de vignerons a vu sa plus belle parcelle faire l’objet d’une “vendange clandestine”, le soir de son mariage. Une récolte entière de grenache s’est donc volatilisée. Hippolyte Lapaque, qui ne fourre pas son nez que dans les verres, se plonge alors tête baissée dans cette histoire, et fait la promesse au jeune couple de retrouver les malfrats. S’ensuit une aventure trépidante parsemée de drôles de rencontres et de mystères dans les Côtes-du-Rhône.

Une intrigue viticole, pour un polar bien ficelé. Si la trame joue un rôle important, Jean-Charles Chapuzet a surtout voulu dépeindre une atmosphère particulière, créer une ambiance autour du vin. Il en fait un objet de désir, une invitation au voyage et à l’aventure. Hippolyte, ce dégustateur qui a de la gouaille, extravagant, têtu, aussi porté sur la gent féminine que sur le rubgy, drôle et cynique vit le vin comme une aventure, il s’y livre tout entier, dans un jusqu’au boutisme effréné. Arpentant les vignobles à la recherche de la récolte volée, et emmenant le lecteur avec lui au gré des péripéties, c'est aussi une occasion parfaite de faire découvrir les Côtes-du-Rhône, et de dresser des portraits de vignerons tout aussi passionnants les uns que les autres.

C’est avec un verre de syrah à portée de main qu’il faudrait lire ce livre. Parce qu’Hippolyte, les “syrahs, ça l’excite, elles ont un côté sage, timide, sainte-nitouche, et puis elles se lâchent (...) faut toujours se méfier du vin qui dort”, car “c’est comme les jeunes catholiques, elles paraissent austères et puis elles se libèrent”.

Le Mondovino à la Audiard

Vous l'aurez compris, Hippolyte a un langage bien à lui, pour parler du vin, comme un personnage qui pourrait être sorti tout droit d’un film de Michel Audiard. Et il n'est pas le seul : “c’était des furieux, on pourrait les torturer, leur faire boire de l’eau pendant une semaine, ils ne parleraient jamais, c’étaient les Jean Moulin du pinard”. Certaines scènes vont même jusqu’à nous rappeler les Tontons Flingueurs, comme celle de la partie de poker disputée dans un sombre sous-sol entre plusieurs grandes figures du vin français, comme Michel Pouchatier, Beltane, Renoncourt ou encore Jean-Hubert Dilon, dont les noms sont à peine déguisés...

Les péripéties s'acheminent au fil des dégustations très imagées : “Hippolyte fit tourner le vin rouge dans le verre où, tel un globe qui s’allumait, se reflétaient les lumières de la pièce (...). Il jaugea la limpidité du contenu comme si l’avenir du monde en dépendait (...) Il versa dans sa gueule une large rasade qui gonfla ses joues, fit tourner le vin dans sa bouche pour en saisir la texture. Son menton faisait le grand huit (...) soudain, il aspira un filet d’air pour faire claquer le liquide contre son palais. Ce roucoulement discret faisait éclater les arômes du vin qui remontaient dans son nez”.

Un polar à lire un verre à la main

Si on lâche ce polar, c'est pour prendre un verre à la main, car l'invitation à la dégustation est constante, Clos du Caillou, ou encore domaines Viret, Richaud, Fayolle, Périllère, Ogier, l’Oratoire Saint-Martin, Roche-Audran, Tardieu-Laurent, Aquéria et tant d’autres nous amènent à réviser les classiques des Côtes-du-Rhône.

En somme, que peut-on demander de mieux pour se détendre, alors que les beaux jours semblent (enfin !) pointer le bout de leur nez, qu’un roman qui réunit notre passion pour le vin et les souvenirs des plus captivantes trames policières.

La série semble bien lancée, et on l’imagine assez aisément portée au grand écran, tant le cinéma siérait à merveille ce personnage haut en couleurs, à la gouaille indescriptible. Qui pour interpréter Hippolyte Lapaque? Nous, on verrait bien Olivier Marchal.

Jean-Charles Chapuzet, est un journaliste et écrivain, qui avant de passer par l’Amateur de Bordeaux, le Figaro, Le Monde, la Tribune et d’autres encore via les Suppléments de Bettane & Desseauve, a écrit un ouvrage sur l’extrême droite (Extrême droite : du vol au viol de mémoire, Anovi 2003) puis sur Hubert-Félix Thiéfaine. Passionné par le vin, il se spécialise et signe plusieurs ouvrages dédiés à cette passion, comme Cahors, le roman du vin noir (Féret, 2008), Verticale (Féret, 2009), Michel Chapoutier (Minerva, 2009), Des nouvelles de Marius Chapoutier ? (Glénat, 2011).

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