Marcel Guigal, Convalescent.

## Ces dernières décennies, on sentait Marcel Guigal anxieux, rigide, tristoun.

Trop de boulot tue le boulot. On pouvait lire ici ou là qu’à 5 heures du matin, il était déjà à l’usine. Qu’on le croise à l’aéroport d’Heathrow tassé avec les siens dans une petite voiture pour rejoindre le parking le moins cher. Pour quelques euros… Econome, travailleur, bâtisseur, gendre parfait, c’en est trop…

Avec ses vins, il met tout le monde d’accord l’ami Guigal, le pape des Côtes-Rôties, l’un de meilleurs vinificateurs au monde, qui a fait du château d’Ampuis une marque internationale. Mais ceux qui l’aiment ont envie de lui dire de souffler, de lever le pied. Le fiston Philippe est là. Un peu de déconne Marcel, avec Maman, profitez de la réussite…

Mais non, rien n’y fait… L’usine, toujours l’usine… Et puis, en 2011, l’achat de Château Grillet par Pinault a enfoncé le clou, c’est la fête à la grimace chez Guigal, il le voulait bon dieu ce domaine…
Bref, tout semble condamné à l’austérité, la rigueur, l’ennui.

Et pourtant, il se soigne ! A force d’investigation, nous avons la preuve que Marcel Guigal a consulté un médecin. Loin d’Ampuis, en banlieue parisienne, à Meudon, un Dr Destouches. Discrétion oblige. On ne sait pas trop bien quel fut le symptôme de Marcel Guigal mais l’ordonnance que nous nous sommes procurés donne moult informations.

Marcel, (Cette familiarité indique qu’ils se sont vus à plusieurs reprises)

_D’abord, la bouteille entamée de Côte-du-Rhône que vous avez amenée est excellente…_

_Ensuite, il faut prendre des vacances mais des vraies. Vous m’avez avoué croiser Xavier Bertrand lors de vos séjours en Corse, sale temps, c’est très grave, passez du temps avec Bertrand nuit gravement la santé. Si vous voulez faire dans le politique, bronzez avec Borloo à la limite, en compagnie de ce qui reste de Chirac pourquoi pas, mais contre-indication flagrante pour Bertrand, Duflot, Morin et Douillet. Fini les tièdes, c’est la diète des diètes ! Je vous suggère Montebourg par exemple… je plaisante, attention, il
fusille dans le dos les gens qui réussissent…_

_Pour les loisirs, on arrête d’écouter Barbara, trop glauque, de regarder Drucker, trop pisse-froid, ou de lire Giscard qui se vante d’avoir visiter Lady-Die. C’est de la provoc et ça vous fait du mal… Quant à De Staël ou Hemingway, à dose homéopathique, on sait comment ils ont fini…_

_Simplement, je vous préconise une semaine de cure chez Didier Wampas, votre voisin Michel Chapoutier, Luchini et Rushdie. Vous allez vous détendre. Vous allez slamer dans la foule, boire beaucoup de champagne. Luchini est un peu hystérique mais avec son nez en chasse-neige, il peut vous conseiller.
Quant aux Versets Sataniques, c’est très drôle, commencez par lire Charlie Hebdo, leurs boutades sur les « barbes à papa », du bonheur !_

_Pour la télévision, haro sur Patrick Sébastien, faire tourner les serviettes, etc., le petit bonhomme en mousse qui s’élance et qui loupe le plongeoir… déprimant…_

_Pour le régime, du Mauzac nature de chez Plageoles (en quantité ça fait rire) matin, midi et soir, des saladiers de Roussillon des frères Parcé (ça rend love), du rouge du Cadurcien Fabien Jouves, sa cuvée « Tu vin plus aux soirées »…_

_Côté boulot, quand Parker vient au château, faites des farces, déguisez-vous en Jonathan Nossiter et mettez des bonbons au poivre sur le chevet de son lit. Quand Bettane vient déguster, prenez le vin dans votre bouche, fixez Bettane sérieusement et faites remonter le vin pour le faire couler par le nez… Il va être surpris… Devant les Chinois, mettez vos jambes derrière la tête, ça devrait faire le buz mais attention qu’ils ne vous piquent pas le concept…_

_Marcel, vous avez été élevé à la dure mais vous n’avez pas eu l’enfance de Staline non plus. Marrez-vous ! En plus, vous avez la chance d’avoir deux beaux petits garçons, c’est formidable, profitez d’eux, vous avez encore de la chance, ce ne sont pas des jumelles, pour leurs quatorze ans, vous n’aurez pas à vous poser la question de savoir si vous achetez un scooter ou un fusil. Dé-ten-du !_

_N’ayez pas peur du vide, Marcel, goûtez au désir d’être inutile comme disait Hugo Pratt, aujourd’hui on ne meurt plus la tête dans la soupe, on meurt comme Félix Faure, dans la bouche d’une fille de joie, c’est plus glamour._

_Les gens vous aiment Marcel, vive Groucho Marx, Kadhafi et Mortimer !_

_Cordialement,_

_Dr Destouches_

PS : J’attends toujours vos Mouline, Turque et Landonne…_

#### EZRA POUND

 

oct 02, 2012

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