Pineau des Charentes : They have a dream…

## …le rêve que leur produit bénéficie de l’attention qu’il mérite, le rêve de voir plus encore leur nectar prisé par les plus grands sommeliers du monde, le rêve de ne plus voir leur pépite assimilée à un vulgaire apéritif ou à un sous-produit du cognac

Les grands connaisseurs ne s’y trompent pas ; dernièrement, une bouteille de pineau millésimé 1929 des frères Rivière (et non Musulmans) s’est vendue en Italie autour de 4000 euros. Mais ce moût de raisin muté au cognac (dans la catégorie des mistelles) demeure encore méconnu dans le monde des amateurs. Outre la Belgique et dans une moindre mesure le Canada qui restent des marchés de connaisseurs, le commerce du Pineau des Charentes ne bénéficie pas d’une image haut-de-gamme. La France absorbe les deux tiers des volumes mais de quelle qualité ? Deux raisons majeures semblent desservir cette exceptionnelle boisson.

### Pas bon, pas cher

D’une part, le pineau est asphyxié par la notoriété mondiale du cognac ; en cela, il est considéré comme secondaire, le petit frère maudit. D’autre part, le pineau est miné par les productions industrielles qui envahissent la Grande Distribution. Des petits prix pour des apéritifs bâclés, déséquilibrés, où le sucre et l’alcool ne se marient jamais. De fait, le produit rebute. Et souvent plus disposée à regarder ce qui marche plutôt qu’à rechercher ce qui devrait marcher, la presse spécialisée rechigne à vanter les producteurs qui excellent dans la conjugaison de la fraîcheur sucrée du jus de raisin et de la puissance toute rancio de l’eau-de-vie charentaise… à moins que le Syndicat des producteurs ne balance de temps à autre quelques subsides pour de la publicité.
Et pourtant. En dégustant des pineau au hasard d’un dîner il y a quelques années, je fus assis. Pineau blanc de chez Navarre sur des huîtres, pineau rosé de chez Gaillard sur une charlotte aux fraises, pineau blanc de chez Beaulon sur des fromages, pineau rosé de chez Pinard sur une forêt noire… Qu’est-ce donc ? Qui fait ça ? Qui sont ces génies ?

### Du très bon, pas cher
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Les premiers d’entre eux, les papes, sont sans doute les frères Rivière avec leurs pineaux François 1er. Ceux-là ne vendent pas de cognac, leur production est exclusivement consacrée à l’élaboration de merveilleux pineaux qui vieillissent des décennies dans leurs chais. Des dizaines de millésimes patientent et se bonifient pour le bonheur des sommeliers qui exercent dans les étoilés Michelin. La cave Augé leur a négocié 500 euros un fameux 1929 qui s’est revendu outre-Rubicon entre 4 et 5000 euros…

Autre ambassadeur, Christian Thomas, qui parcourt le monde entier pour vanter ses pineaux élaborés au Château de Beaulon sur l’estuaire de la Gironde. Du grand art ! Dans le cru Borderies, près de Cognac, la réputation de la famille Baron n’est plus à faire. Les Concours à l’aveugle les priment régulièrement. A Clion-Sur-Seugne en Charente-Maritime, la famille Gaillard demeure une référence qui a longtemps montré la voie qualitative. Il faut aussi citer les merveilleux pineaux bio du fils Pinard à Foussignac et de la famille Brard-Blanchard à Boutiers ou encore la précision des pineaux de Drouet à Salles d’Angles et de Jacky Navarre à Gondeville. Tous ces gens-là ont un rêve… Voilà des valeurs sûres pour commencer à collectionner ces joyaux avant que le monde des amateurs découvre à côté de quoi ils sont passés. Pour le moment, les quilles se négocient autour d’une quinzaine d’euros pour des pineaux qui peuvent avoir 5 à 15 ans de fûts !

#### Ezra Pound

 

sept 19, 2013

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