Primeurs : pourquoi vouloir « acheter l’avenir » alors qu’il est tellement plus confortable d’ « acheter le passé » !

## Acheter en primeur se dit en anglais « buying futures ». En quelque sorte « acheter l’avenir ».

Deux critiques et écrivains aussi éminents que passés maîtres dans cet humour décapant que nous envions à nos amis britanniques, Tim Atkin et Guy Woodward, viennent de déclarer la guerre aux ventes de bordeaux en primeur*. Ils prêchent avec un grand brio (et au passage quelques flèches empoisonnées) pour une révision radicale d’un système aujourd’hui au moins deux fois centenaire dont ils démontrent les nombreux inconvénients. A leur avis le premier (et le plus grand) en serait que le vin nouveau goûté au fût au mois de mars se révèle différent deux ans plus tard une fois en bouteille…

Nous ne ferons pas l’injure à ces deux messieurs de croire une seconde qu’ils ignorent que c’est précisément là ce qu’on attend d’un vin de qualité. Nous avons bien compris qu’en avançant une telle Lapalissade ils désiraient confirmer la suprématie absolue de l’humour froid britannique sur la bonne vieille rigolade continentale.

Mais quelques propos plus tard, nous nous apercevons jusqu’où peut atteindre le sublime de la causticité jubilatoire : nos deux compères observent finement qu’il arrive que le prix payé en primeur pour un vin se trouve en fin de compte être supérieur à celui du marché au moment de sa livraison en bouteille. Mais ils oublient cependant de mentionner les confortables plus-values encaissées également par bien des habitués de ce marché spéculatif. Nous osons avancer l’hypothèse que c’est justement cette perspective qui attire les opérateurs du monde entier sur les « primeurs » et, n’en déplaise à MM. Atkin et Woodward, que ce sont les négociants anglais qui ont été les plus enthousiastes (et souvent les plus habiles) au cours de cette longue histoire !

Nos parfaits humoristes ayant décidés pour conclure de frapper fort, réclament (pour ne pas dire exigent) que les vins ne soient ni goûtés ni notés avant d’avoir été mis en bouteille ! Ainsi affirment-ils sans rire, personne ne risquera de se tromper…

Au fond ils ont raison : pourquoi vouloir « acheter l’avenir » alors qu’il est tellement plus confortable d’ « acheter le passé » ! La différence : ce n’est pas au même prix.

*Harpers Wine & Spirits Review (4/04/14)

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