Rencontre avec Emmanuel Delmas, le Sommelier de la blogosphère

Cela fait maintenant 17 ans qu’Emmanuel Delmas est Sommelier. Après un début de carrière prometteur dans de grands restaurants de Paris tels que La Tour d’Argent,, Guy Savoy, Ducasse au Plaza Athénée, Lasserre ou le Fouquet’s… mais aussi en Angleterre et en Suisse, où il a pu apprendre et avoir différentes visions, Emmanuel Delmas a décidé de se rendre accessible pour des formations et des cours de dégustation, pour les professionnels mais aussi pour le grand public. «Il est essentiel de parler aux gens, se rapprocher d’eux» dit-il.

Aujourd’hui, Emmanuel est formateur pour Prodégustation, s’occupe de la sélection des vins de [VotreSommelier.com](http://www.sommelier-vins.com  »sommelier vin »), créé ou refait la carte des vins de certains restaurants et organise des formations et des cours de dégustation pour les sociétés et des restaurateurs. Or cet hyper actif ne s’arrête pas là et a encore beaucoup de projets qui verront très prochainement le jour.

###  »Il y a du cœur, un vrai travail de fond sur mes articles »

C’est en Avril 2005 qu’il ouvre son blog. « L’idée était de créer un lien entre la cuisine, le vin et les vignerons au vu de tous les blogs de cuisine qui existaient alors, contrastant avec les blogs du vin qui se comptaient sur les doigts d’une main. J’ai commencé par rédiger 2-3 articles par semaine pour instruire les gens sur les accords mets & vin ».

« C’est une décision que j’ai prise par le plus pur des hasards, afin de partager quelques unes de mes expériences, pour le grand public. Le contact avec lui est très important et il a besoin d’être sensibilisé au vin. »

Le consultant en vin aux multiples casquettes, est un véritable bloggeur, passionné et sincère qui va à la rencontre des producteurs. « Il y a du cœur, un vrai travail de fond sur mes articles. J’essaie de passer entre 30 et 40 jours par an chez les vignerons. Je suis un vrai sommelier aujourd’hui car je vais sur le terrain, tout en ayant une vision très large de l’univers du vin. En travaillant, échangeant, mettant en avant, rencontrant aussi bien des vignerons, que des sommeliers, des cavistes ou encore des restaurateurs, sans oublier le grand public et les sociétés.»

Emmanuel Delmas poursuit « Mes lecteurs sont principalement à la recherche de conseils, ils veulent apprendre, savoir où acheter leur vin, connaître les bons accords mets & vin. Les forums sont aussi très importants mais moins traçables dans la mesure où tous les contributeurs ne sont pas clairement identifiés. Les extraire du web 2.0 serait ridicule, ils tiennent un rôle important. Mais une autre partie de mon lectorat est constitué de professionnels qui suivent l’évolution de mes périples, des vins que j’ai apprécié. Qu’ils soient sommeliers, cavistes, agents commerciaux, vignerons, ou acheteurs. Cela prouve qu’il y a un réel besoin de découvertes, de dénicher des vignerons appliqués. Ce qui me fait dire, qu’avec le temps, un blog doit avant tout être utile. Il y a encore trop de blogs sur le vin qui ne  »parlent » pas assez aux gens, qui ne sont pas ouverts sur le monde, qui, finalement se referment sur eux.»

###  »L’égothèque » tourne à plein régime et cela a quelques travers

En 2005, l’un des pionniers sur internet à parler de vin via son blog, Emmanuel Delmas a vu une véritable évolution depuis. « Aujourd’hui, il y a une véritable explosion avec le web 2.0 et les réseaux sociaux. D’un côté cela permet de donner l’impression d’avoir une communauté, et un semblant de visibilité. Celle-ci reste toute relative, car il ne faut jamais oublier que le monde réel se trouve hors des réseaux sociaux. A travers la vigne, les vignerons, les gens. D’un autre côté, j’ai l’impression que certains usent des réseaux sociaux pour marteler des messages, porter des croyances, confronter des idées, tout en véhiculant leur image, cela n’est pas une critique mais un constat.  »L’égothèque » tourne à plein régime et cela a quelques travers. Il y a un petit noyau qui s’épie, se surveille. C’est très amusant. Mais cela est guère constructif dans le temps. Je remarque que les tenants de blogs historiques sont relativement peu actifs sur les réseaux sociaux, ce n’est sans doute pas pour rien… A titre personnel, Facebook et Twitter ne représente que 5% de mes visiteurs, entre 50 et 100 visiteurs par jour selon que je publie ou non, ce qui est peu. 95% de mes lecteurs viennent donc de l’extérieur et cela est très rassurant. Mais il est vrai que je suis un vrai gamin et un poil provocateur et qu’aimant le contact, avec les gens j’ai plaisir à y être actif. »

Quand on lui demande ce qui se passe dans la blogosphère du vin, Emmanuel nous confie que « le bloggeur doit avant tout proposer un véritable contenu, autrement, il ne sera pas lu à l’extérieur du web 2.0. Il faut que la blogosphère touche ailleurs et évite de se centrer sur elle-même. Le web 2.0 est son bureau en quelque sorte, le lectorat se trouvant dehors, il faut aller le chercher, le capter, l’émouvoir, le renseigner. »

### Il faut être passionné et engagé mais avant tout sincère

Selon lui, pour qu’un blog fonctionne et soit lu, «le blogueur vin doit investir le vignoble en laissant de côté ses outils nomades le temps d’une visite. On ne parle pas avec un vigneron en restant connecté à Twitter ou FB. Une visite ne dure pas une heure mais de 4 à 15 heures! Le vignoble est tellement vaste qu’il y a de la place pour tout le monde, pour toutes les sensibilités. Il faut être passionné et engagé mais avant tout sincère. Mais bien évidemment, seul le temps, et le moteur passion peuvent aider le blogueur à fournir un vrai contenu. Il faut plusieurs années avant que cela arrive. Même si les réseaux sociaux peuvent donner l’impression d’être écouté, et encouragent au début, il serait une erreur de se croire arrivé.»

En ce qui concerne les producteurs de vin au sujet des blogs et d’internet en général, « ils n’en pensent pas grand chose car ils ne connaissent pas vraiment le phénomène blogs. Il faut comprendre que le vigneron est un paysan dans le sens noble, attaché à sa terre, oeuvrant plusieurs heures aux vignes. Souvent, il n’a pas de site internet, et il vend sa récolte. Certains restent des exceptions toutefois. Et ne négligeons pas l’impact des forums du vin qui offrent aux vignerons sérieux une visibilité réelle, et qui, à moyen terme se révèle très constructive. En revanche, pour les marques, la recherche de notoriété et la valorisation de leur marque leur a fait prendre conscience qu’ils devaient être actifs sur les réseaux sociaux. Mais ils savent bien que cela aura un impact limité sur leurs ventes, à court terme. Mais globalement, le vigneron admet qu’il devrait davantage communiquer, souvent ses journées sont longues, et il ne maitrise pas l’outil, même si il est gratuit, il lui coûte du temps.

Pour Emmanuel, « il n’y a pas beaucoup de blogs qui ont un réel impact. L’impact pour les producteurs est principalement au niveau de l’image pas forcément des ventes. »

Nous sommes impatients de découvrir les nouveaux projets d’Emmanuel, toujours plus tournés vers le grand public et la découverte du vin avec le cœur.

 

fév 09, 2012

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