Retour sur l’affaire Kurniawan : le faussaire de grands crus

## Parmi les petits bienfaits estivaux je compte les lectures insolites. Ainsi je suis tombé par hasard sur le numéro de juillet de Vanity Fair et le rocambolesque récit des hauts faits de Rudy Kurniawan dont j’avoue n’avoir jamais entendu prononcer le nom jusqu’à ce jour.

Pendant onze ans Mr. Kurniawan est passé pour le plus grand collectionneur mondial de millésimes rares, particulièrement de grands bourgognes. Il a fait autorité en la matière de 2001 au 8 mars 2012 précisément, jour funeste pour lui où le F.B.I. est venu lui mettre la main au collet pour fraude et contrefaçon.

J’ai moins de remords d’avoir ignoré l’existence d’un monsieur si passionné par nos meilleurs crus qu’il consacrait à leur achat un budget d’en moyenne 1 million de US $ par mois, en apprenant la triste fin de sa carrière de collectionneur et dégustateur hors pair et surtout que Rudy Kurniawan n’existait pas. En effet ce nom d’emprunt servait à cacher l’existence bien réelle celle-là de Zhen Wang Huang, sujet indonésien d’origine chinoise vivant illégalement sur le sol des U.S.A. en dépit d’un arrêté d’expulsion, faussaire de son état et producteur d’un paquet de contrefaçons écoulées à grand fracas à travers des maisons de vente aux enchères réputées.

### Sur trois points l’affaire mérite notre admiration pour les talents du sieur Zhen Wang Huang alias Rudy Kurniawan :

– 1)Vivre illégalement pendant onze ans aux E.U. après avoir reçu un avis d’expulsion tout en monopolisant l’attention des media par les montants astronomiques de ses achats et ventes de vins d’exception ( moyenne mensuelle des achats 1 M. de $, et 35 M. de $ pour une seule vente !) laisserait rêveur sur la vigilance des services chargés de la sécurité de l’Etat américain. A moins que…le squatter soit absolument génial. Conseil aux Sans-Papiers : allez consulter d’urgence l’artiste dans sa cellule.

– 2) Donner des fêtes autour de prestigieuses dégustations auxquelles participent maintes vedettes (dont Jackie Chan) est un exercice qui fait du bruit et ravissent les media. Manier des sommes aussi considérables également. Dans la situation de résident clandestin, notre homme ne devait évidemment pas remettre de déclaration d’impôt sur le revenu et de plus-values au fisc américain. Celui-ci n’a pas la réputation d’être laxiste. Avis aux quelques millionnaires encore français : si vous ne pouvez pas vous déplacer en personne à Sing-Sing, ,renseignez-vous auprès du conseiller fiscal de Zhen Wang Huang, c’est un champion.

– 3) Demander et obtenir des prêts de 8. 9 millions, d’une maison de vente aux enchères, un autre de 3 millions de la Banque d’Epargne des Immigrants (sic) et lever encore 2 millions de US $ auprès de particuliers collectionneurs quand on est un Sans-Papier, à mon avis à sa sortie de prison le Trésor Grec l’embauchera immédiatement, c’est un génie.

Mais, me direz-vous, cet escroc, ce faussaire comment réussissait-il ses contrefaçons de Romanée-Conti, Clos de l’Enfant Jésus, Pétrus et autres Clos-Vougeot ? Ce devait être un Rembrandt, non ? Vous n’y êtes pas, chers amis, aucun talent là-dessus, seulement du solide bon sens, comme vous et moi : il ramassait les bouteilles vides des grandes dégustations. Elémentaire, mon cher Watson.

 
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