Un vin doit-il être marié à un homme pour l’éternité ?

## Un grand cru classé de plus vient de tomber dans l’escarcelle d’un investisseur institutionnel.

Tant qu’aucune disposition positive n’aura été prise pour faciliter la reprise d’une exploitation par un des héritiers, on verra inéluctablement passer la propriété privée dans les mains anonymes des grands groupes financiers.

Néanmoins dans le même temps trop d’interviews omettent d’insister sur le caractère irremplaçable de l’homme (et de son âme) possédé par la terre (et non le contraire) d’un patrimoine ancestral sans lequel nul nectar ne pourrait voir le jour. De cet aspect unique et fusionnel (tellement émouvant) nait l’image (tellement sympathique) « un vin-un homme » unis pour l’éternité par des liens bien plus indissolubles que ceux du mariage.

Les investisseurs institutionnels auront du mal à s’identifier à cette image-là.

Bientôt le consommateur n’aura d’autre perspective que de décider entre :

– courir chez l’honnête vigneron et choisir avec lui une cuvée qui convienne à ses goûts autant qu’à son portefeuille avec en prime un rapport humain irremplaçable,

– acquérir chez un revendeur un produit de super luxe dont les auteurs resteront aussi anonymes que la société qui les emploie.

Ne pleurons pas : nous vivons dans un monde merveilleux où nous avons encore la possibilité de faire ces choix.

### Mon petit doigt me dit qu’il faut quand même se dépêcher.

_Illustration : l’heureux donateur de Magritte_

 
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