Vin bio et caca mou (suite et fin)

## ou l’auto-flagellation d’Ezra Pound chez Camdeborde le vendredi 13 prochain sans oublier Pierre Citerne.

J’ai tourné, viré, cherché la partie fraîche de l’oreiller. Quelle panade ! Pourquoi me suis-je aventuré à parler de [ce souvenir chez Camdeborde ](http://www.intothewine.fr/magazine/rencontre/vin-bio-et-caca-mou  »lien article vin bio et caca mou »)? A discutailler de l’esprit bio ? A pourfendre la pensée unique ?

Comme Cantat au firmament de sa célébrité, « je demande pardon du plus profond de mon cœur ». Place Saint-Sulpice, je souhaite monter les treize marches, poser ma tête sur le côté et attendre le froid du métal. Sur le chemin, je vais passer chez Camdeborde, traverser à genou le carrefour de l’Odéon sous les crachats de badauds en chemises vertes, le dos giflé par mon fouet, les joues ravagées de lames, implorant la pluie de grêlons sur mon corps écorché, ruiné, honteux.

J’appartiens désormais au panthéon des loosers magnifiques aux côtés de Jospin en déclarant tout de go que j’assume pleinement la responsabilité de cet échec et j’en tire les conclusions en me retirant définitivement de la vie du vin. Kippour, Shoah, Nakba.

Pourtant à la relecture de [mon papier](http://www.intothewine.fr/magazine/rencontre/vin-bio-et-caca-mou  »article vin bio et caca mou »), serrant de mes petits doigts mon porte-clef à l’effigie de Nietzsche, je me dis que je pourrais remonter la pente en montrant que je n’ai ni attaqué l’Avant-Comptoir – au contraire, ni les vins bio – le sujet du papier n’était pas non plus de discerner les natures de la biodynamie, etc., etc. Je pourrais dire enfin qu’au-delà de quelques comportements sectaires, l’esprit de ces vignerons va dans le bon sens… et qu’ils sont peut-être les seuls aujourd’hui à avoir la légitimité de pourfendre la Loi Evin et ses séquelles. Car ils montrent l’exemple ! Les autres ont beau jeu de défendre la culture du vin entre deux sulfatages…

Mais qu’importe, autant pisser dans un violon, pire se justifier c’est comme cracher en l’air, le tribunal de l’histoire est plus fort.

Je vais en finir le vendredi 13 prochain dans une fin d’après-midi parisienne glaciale et illuminée, entouré de Père-Noël escaladant les façades en pierres. Je veux bien mourir en martyr en trouvant au paradis 80 bouteilles vierges de Petrus et de Romanée-Conti sans avoir la chance, comme Balzac, qu’Hugo vienne à mon enterrement pour faire un éloge funèbre, puis glissant à cause de la pluie pour se retrouver assis sur le cercueil… On a la fin qu’on mérite.

### En dernière volonté, je souhaite faire lire le roman de Pierre Cahen Claverie.

Plus connu dans le microcosme du vin sous le nom de Pierre Citerne, journaliste à la RVF. D’ailleurs avec un aussi joli nom bien franchouillard, pourquoi choisir un pseudo ?
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Qu’importe encore, ce premier roman publié chez Loubatières est davantage qu’une promesse, il y a d’dans du Marcel Aymé, du Vincenot avec des pointes de Jacques Perret et de Gourio. Brèves de comptoir, scènes de vie quotidienne ou dominicale dans le Piémont pyrénéen, soubresauts de gestes ancestraux que la modernité n’a pas encore salis.

Suivant la vie décousue et aérienne de Gommier, Carne est un livre sensible où alternent des rapports humains pudiques et des soûlographies classiques : « La vieille CX commence à connaître le chemin. C’est en descendant de la voiture que je me suis cassé la gueule ».

Parfois efficace, souvent brillant ; le tout est un beau tableau – magnifiquement écrit – de notre campagne, de nos sentiments, de notre gastronomie et des cafés d’en face. De la cochonaille à la cueillette des figues, de la sanguette de poule à un Krug 1928, Gommier ne gâche pas ses plaisirs que seuls les cons s’interdisent.

C’est aussi un joli fuck à ce monde du prélèvement automatique, du BTS force de vente et des seins siliconés. Ça fait du bien. Attention talent ! Pierre Citerne est archéologue – personne n’est parfait, un dégustateur reconnu – à défaut d’être connu – et un écrivain sur qui je mise volontiers un gros billet.

Carne est à lire en buvant du Plageoles Mauzac Nature en magnum, et pas parce que c’est bio, mais because is so good.

Au 13 au mieux, sinon adieu.

#### Ezra Pound

 

déc 04, 2013

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