Vin : Mieux vaut acheter un vrai Faux qu’un faux Second

##…ou le prix du vin et l’art du faux .

Avec la mondialisation et la « démocratisation » du luxe, le jus de raisin fermenté est devenu une affaire de gros sous. Toutes les gazettes économiques balancent des articles sur les bénéfices du pif, la spéculation du pinard, l’irrationalité d’un marché juteux. Rareté, marketing, efficacité, c’est du Daft Punk en bouteille.

###  »C’est du Daft Punk en bouteille »
![](media:10045 500x)
Rançon de cette gloire, il est contrefait. Parfois grossièrement sur les faubourg de Kiev et de Bangkok mais aussi parfaitement dans de sérieux laboratoires illégaux en Asie comme aux Etats-Unis. Ces génies sont célèbres, du genre scientifique surdoué, le nez monté de petites lunettes et la peau des joues grêlées par d’anciens nombreux points noirs sur lesquels l’adolescent s’acharnait ; le plus connu s’appelle Rudy Kurniawan, le sino-américain qui restera dans l’histoire comme le premier grand faussaire de vin de l’Histoire.

« Des milliers de fausses étiquettes venues d’Indonésie, certaines ayant exactement les mêmes défauts d’impression alors que les millésimes étaient différents… Impossible. 18 pots de cires différentes pour orner les goulots ; De faux tampons encreurs pour apposer le millésime ou d’autres indications. Des essais de vieillissement artificiel d’étiquettes (avec du feu…). Des formules indiquant des mélanges de vins actuels pour espérer obtenir le goût d’un vieux cru. Un arsenal impressionnant », s’émerveille presque un expert pour le journal Sud-Ouest en décrivant l’appartement de Kurniawan.

![](media:10048 245x)![](media:10047 245x)

Chapeau bas, chacun fait avec ses armes pour laisser une trace de son passage. Dans un autre genre, Hardy Rodenstock, un ancien agent de rock-star reconverti dans le vin et qui gravait les initiales de Thomas Jefferson sur les étiquettes pour vendre les flacons de Lafite 150 000 dollars…
Il faut avoir du génie et de l’audace.

### ces faux flacons ont une vraie valeur

N’empêche, ces faux flacons ont une vraie valeur. Kitch ou copies parfaites, grossières ou soignées, les collectionneurs devraient s’arracher ces bouteilles. Elles sont rares et quelque part elles se moquent joyeusement de la frénésie qui s’est emparée du vin de raisin fermenté. Et pour tout avouer, il vaut mieux encore acheter un faux qu’un mauvais second.

![](media:10056 500x)

Plagiant aussi le premier, jouant sur la notoriété du papa, le second est une cash machine qui peut être sans rareté. Je me mets à la place du propriétaire d’un grand cru classé ou du moins à la tête d’un domaine coté. J’ai plus qu’un vignoble, j’ai une marque, un Mouton, un Pétrus, une Rollex. Mes bouteilles se vendent comme des petits pains, j’achète des vignes supplémentaires mais je dois être irréprochable sur la qualité du premier. Pour capitaliser sur ma marque, j’invente le second vin.

### Les seconds ont la cote, c’est bien connu.
![](media:6277 500x)
Poulidor reste l’enfant chéri, Watson n’est pas sans charme, Jacques Dynam roi du second rôle… Et les gens ont l’impression de s’acheter un peu du Premier ; en attendant, le second n’est pas toujours d’un bon rapport qualité/prix. Je vois déjà s’abattre les foudres des lecteurs m’indiquant telle ou telle cuvée exemplaire : je suis preneur !

Faut-il dire la vérité ?

Un vin correct ne doit jamais être vendu moins de 5 euros, c’est dégradant pour les vignerons ; un vin fin doit valoir 10 euros ; un grand vin devrait s’acquérir 20 euros. Point barre. Le reste est du domaine de la frime, du positionnement, du luxe, de la finance et de la spéculation.

Et cela relève aussi du plaisir : le plaisir d’acheter cher.

La blague est connue, ce sont deux Russes qui discutent, l’un dit à l’autre : « T’as vu cette carafe de cognac, j’ai fait une affaire, je l’ai achetée 10 000 euros ». L’autre lui répond : « Tu t’es fait avoir l’ami, j’ai acheté la même 40 000 euros… ».

#### Y.R

 

fév 06, 2014

admin

Dossiers

0

Post by admin

Comments are closed.