Le Parlement aime le Saké japonais mais veut taxer le vin français

Alors qu’une mission sénatoriale doit bientôt remettre un rapport qui pourrait inclure une nouvelle taxe dite comportementale sur le vin, quelques députés ont lancé une “association parlementaire des amis du saké japonais”.

Quand le parlement veut “saké” le vin

Le Sénat évalue actuellement la possibilité d’une réduction des comportements jugés à risques pour la santé publique par des mesures fiscales. Le vin, malgré son pourcentage d’alcool plus faible que certaines boissons, est une des principales cibles visées par cette étude.

Des fervents défenseurs du vin sont alors montés au créneau, criant à l’acharnement. Que ce soient des producteurs, des journalistes ou certains hommes politiques, nombreux sont ceux qui se sont insurgés contre ce projet.

Selon eux, le vin est un des éléments phares de notre culture qui mériterait d’être mis en valeur plutôt que faire l’objet d’une énième taxation.

Pendant ce temps là, quelques parlementaires, sous la houlette de Gilbert Le Bris, ont décidé de focaliser une partie de leurs efforts et de dépenser leur énergie dans la promotion du Saké japonais. Deux poids alcools, deux mesures, au Parlement toutes les boissons n’ont pas le même traitement.

A quand l’amitié France - France ?

Il y avait eu l’association parlementaire des fans de Tintin, l’association des amateurs de cigare, c’est maintenant au tour de cette boisson alcoolisée à base de riz typiquement japonaise de faire l’objet d’une telle association.

Une petite réception pour lancer ce mouvement s’est donc tenue mercredi 15 mai, où Gilbert Le Bris était accompagné des deux députés, Bruno Le Roux et Didier Quentin. Le but étant de mettre en valeur cette boisson qui est en son pays “aussi importante que le vin l’est en France”, au nom de l’amitié France-Japon.

Une initiative tout à fait honorable, mais qui étonne dans ce contexte. Pourquoi n’y a-t-il pas d’association parlementaire pour la défense et la promotion du vin français ? Ne gagnerait-on pas à préserver le rôle si important qu’occupe le vin dans notre pays avant de s’occuper du saké des japonais ?

L’amitié France-Japon, c’est une belle initiative, mais à quand une amitié France-France ?

Plus d’intérêt pour les viticulteurs français permettrait pourtant aux parlementaires de mieux comprendre les enjeux de cette filière qui fait rayonner l’image de la France à travers le monde.

Le vin demeure le deuxième secteur d’exportation français, et a rapporté plus de 11 milliards d’euros l’année dernière. Le point de vue n’est pas que corporatiste, les taxes sur le vin ont-elles une réelle efficacité sur l’alcoolisme ? La consommation de vin a baissé ces dix dernières années au détriment d’alcools forts comme la vodka et le whisky. Une telle taxe pourrait d’ailleurs avoir un effet pervers, la hausse des prix entrainant un report sur la consommation d’alcools plus forts.

Au sein même du parlement, certains commencent à se réveiller, comme notamment le président du groupe PS au Sénat, François Rebsamen, qui s’oppose à cette nouvelle fiscalité dissuasive, alors que la consommation de vin ne cesse de baisser, qui pénaliserait la viticulture, en l’associant à un message négatif.

Affaire à suivre...en attendant, il nous tarde de voir nos députés faire trempette dans un bain de saké.

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2 commentaires sur cet article

François Philipponnat

le 22/05/13 à 10:22

Monsieur,

Notre but n'était évidemment pas de faire de vous et de votre association des ennemis du vin français, loin de là. On peut être amateur de saké, de whisky, de vodka... et ne pas être un ennemi du vin, vous avez raison. Nous ne sommes pas chauvin au point de faire cette amalgame.

Simplement vous conviendrez que de lire dans la même semaine que certains députés réfléchissent à une taxe comportementale (ce qui ressemble franchement à une amende) sur le vin, et que dans le même temps, d'autres députés se réunissent à la gloire du saké, donne matière à réagir sur le sujet.

Nous respectons, bien entendu, votre association, et soutenons avec vous l'amitié France-Japon et les échanges entre ces deux cultures. Le ministre de l'agriculture s'est depuis opposé personnellement à cette taxe sur le vin (cf. notre article du jour : https://www.intothewine.fr/magazine/le-billet-de-dyonisos/vers-un-abandon-de-la-taxe-comportementale-sur-le-vin).

Cordialement,

François Philipponnat
Gilbert Le Bris

le 21/05/13 à 23:39

je réagis à votre article : être ami du saké et donc du Japon ne veut pas dire que l'on est ennemi du vin et donc de la France !
Si vous lisez le who's who vous verrez que je suis sans doute un des rares à avoir mentionné l'oenologie dans mes passions. Je suis d'autre part (on se compte sur les doigts d'une main !) un député qui suit les activités de l'ASCAN (association sportive et culturelle de l'assemblée nationale) oenologie .J'ai participé à tous les combats parlementaires pour défendre le vin et refuser par exemple que le rosé ne soit qu'un mélange de blanc et de rouge ou que le terme "chateau"puisse être utilisé par les américains ( volontés de la commission européenne )
Sur le problème que vous évoquez : on vend et on souhaite vendre de l'agroalimentaire (dont vins) au Japon . Là bas le saké est une culture ( entre autres dans la région de Fukushima !) comme celle du vin chez nous . Offrir une réciprocité d'intérêt ne peut donc qu'aller dans le bon sens ! Gilbert Le Bris .
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