Jean-Jacques Dost, Le fond et la forme.

Viré manu-militari de la cave de Rasteau voilà maintenant quatre mois, Jean-Jacques Dost refuse toujours de s’exprimer. Et pourtant, il y a des choses à dire.

Sans doute, le 20 juin dernier, Jean-Jacques Dost a vieilli. Mais dans une interview de Philip Roth (Le Point), cet écrivain génial, notamment auteur du Complot contre l’Amérique, expliquait que « l’important est de rester vivant aussi longtemps qu’on est en vie ». Et, par quel hasard, par quel mystère du labyrinthe neuronal aidé d’un verre de vin, cette réflexion nous a justement fait songer à Dost, à Jean-Jacques Dost.
Nous l’imaginions alors sur le bassin d’Arcachon, sa patrie, dans une retraite forcée mais du genre à rester vivant, ce boulimique de la vie, cogitant sans doute son retour sur la scène du vin.

Rasteau dans les veines

Qui est Jean-Jacques Dost et que lui est-il arrivé le 20 juin 2012 ?
Il est né le 1er juillet 1946. Enfant de la Libération, Dost connaît une jeunesse heureuse et bordelaise, brillante aussi. Il n’est pas entré dans la vie sur la pointe des pieds.
Droit, Sciences-économiques, doctorat en Gestion et HEC. Au physique d’acteur, il va enseigner, faire du marketing chez Lesieur et connaître une première partie de sa vie dans le prêt-à-porter. C’est en 1981 qu’il noue avec le vin un lien quasi-charnel, dans le négoce notamment la maison Cruz-Bartissol.
Dix ans plus tard débute l’aventure « Rasteau », ce village des Côtes-du-Rhône sud. L’occasion se présente de prendre la direction de la cave coopérative de ce hameau.

Un bordelais dans le Rhône, ce n’est pas commun !

Dost s’y emploie corps et âme et va soulever cette cave pour en faire une des plus réputée de l’Hexagone avec celle de Tain ou la Chablisienne. Conscient des terroirs, s’efforçant de comprendre ce nouveau pays, Dost bâtit une équipe et travaille pour que le nom de Rasteau ne laisse plus indifférent dans le vin. Il manie à merveille le fond et la forme, le paysan et le financier, faisant aussi du vin un lieu commun de la connaissance (le voyage, le livre, la truffe…). A l’aise à table, sachant pousser le coup de gueule, sachant pleurer aussi, il épouse cette région sans jamais oublier Bordeaux. Ça ne se dit pas en sphère judéo-chrétienne, mais on peut aimer deux femmes à la fois.

Dans tous les cas, Rasteau lui a donné et il a donné à Rasteau. Tous les observateurs savent combien il n’est pas étranger à l’obtention de l’AOC en 2010. Et comment…

Le silence en réponse

Ces derniers temps, la cave n’échappait pas la « crise » et certaines critiques fusaient en interne à l’adresse de Dost. La fronde venait de personnes qui avaient été embauchées par Jean-Jacques Dost et peut-être rêvant désormais de lui prendre sa place. Comme les hommes politiques, on se nourrit de convictions, d’ambitions, de certitudes, et après, on a la conscience obèse. Et Dost, d’après des salariés de la cave, ne s’attendait à rien, tout juste envisageait-il de remettre dans le rang certains sbires…

Le 20 juin, veille de l’été et de la fête de musique, on le vit en polo et avec le sourire. D’autant que le Conseil d’Administration faisait suite à une Assemblée Générale où tout s’était passé normalement. Patatras, dans une parodie de procès soviétique est demandée la tête du Président (Jean-Claude Paolici) et la mise à l’écart sans sommation de son directeur (qui exerçait cette fonction par le biais d’un contrat et non en salarié). Rupture. Tout le monde dehors, circulez, y a rien à voir. Dost, le cul dans les ronces, choisit le silence. Après vingt ans d’abnégation, JJD est remercié de manière brutale par Antoine Muller, le directeur commercial, et ses hommes, sorte de « résistants du 32 août ». S’en suit une chasse aux sorcières pour virer les proches de l’ostracisé.

Les années Dost à volo !

Il y a des coup d’état de salut public et des putschs qui soulèvent l’estomac.
Messieurs les phalangistes, il serait mal venu ici de vous discuter le fond de l’exclusion, invoquant l’économie, évoquant l’âge du capitaine, le besoin de changement ; c’est la loi du genre, la société dans laquelle nous vivons, pathétique ostinato des temps qui courent.
Mais objectons la forme, envers celui à qui « Rasteau » doit tant. Et la forme, Messieurs, c’est le fond qui remonte à la surface.

Ezra Pound

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6 commentaires sur cet article

Thierry germain

le 03/11/12 à 12:04

je sais ce que rasteau et la la coop doivent à JJ Dost, c'est l'occasion de remercier^ce caractère entier. Je ne savais pas qu'à la suite de son départ, ils avaient organisé "une chasse aux sorcières pour virer les proches de l’ostracisé" cela a t'il un rapport avec les compétences?
Thierry germain

le 03/11/12 à 12:03

je sais ce que rasteau et la la coop doivent à JJ Dost, c'est l'occasion de remercier^ce caractère entier. Je ne savais pas qu'à la suite de son départ, ils avaient organisé "une chasse aux sorcières pour virer les proches de l’ostracisé" cela a t'il un rapport avec les compétences?
Jean-Michel Peyronnet

le 01/11/12 à 13:25

Mon cher Nicolas, tu dis que tu vas regarder maintenant ceux qui ont viré Jean-Jacques Dost avec beaucoup d'attention. As-tu tellement de temps à perdre ? En tout cas, sur notre chaîne qui émettra à la fin de l'année, on ne les verra pas ! Il y a suffisamment de gens propres dans la filière pour ne pas se fourvoyer dans le nauséabond, sauf sous forme d'enquête bien sûr, et de dénonciation le cas échéant. Merci en tout cas à l'auteur de ce papier que j'aurais aimé écrire... Et amitiés à Jean-Jacques Dost, à qui je souhaite de trouver la sérénité. Les rumeurs et ragots, je connais bien : ils ne dégradent que ceux qui les véhiculent. Salut Jean-Jacques.
Td

le 31/10/12 à 12:23

Rasteau lui doit beaucoup c'est vrai... Dommage
Ducos

le 31/10/12 à 11:54

Son éviction n'a pas fait grand bruit et pourtant il y avait de quoi en faire du bruit. Peu importe les dessous de l'affaire comme c'est bien dit dans l'article il y a le fond mais surtout la forme.
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