La femme du vin joue, oui !

Ce n'est pas parce que le milieu se féminise qu'il recrute des cruches.

Quand les femmes s'occupent du pinard, elles aimeraient qu'on leur lâche la grappe. Les récalcitrants l'apprendront à leurs dépens, piano mais « rigoletto ». Faisons l'humour, pas la guerre !

Je sais pas vous mais moi, une question me taraude : le vin a-t-il un sexe ? Jamais je n'imaginais qu'une « quéquette » ou qu'une « minette » se cache derrière une étiquette ! Et pourtant. C'est bien la tendance dont un certain marketing nous abreuve à coups de labels ovariens : « vin de femme », « vin féminin ». Avec lui, voilà revenu le bon vieux refrain des filles à la vanille et des gars au chocolat ! Bon, faut être honnête, quelques spécimens de Cro-Magnon ont survécu aux révolutions sexuelles et à la parité. Vous les avez déjà croisés. Faciles à reconnaître, difficiles à entendre : « Une sommelière, chez Philippe Faure-Bach dont l'équipe de cavistes est entièrement féminine, a eu affaire à un client qui se demandait ce qu'une femme faisait dans le vin et refusait d'être conseillé par elle !, me racontait récemment Miss Glou Glou (le blog de Miss Glou Glou).

Les cons sont partout et l'expression du machisme ordinaire n'est pas propre à ce milieu. » Vous connaissez la chanson ! Même si là, à vous dire, je peine à me réjouir : la peste ici n'est pas pire que le choléra ailleurs…

Slogan libérateur et teint de poupée : merci Rémy !

Reste que j'ai toujours préféré les verres à moitié pleins. Il y a toujours quelque chose à boire… En l'occurrence : pas de « quéquette » sous l'étiquette. Je tiens toutefois à ne pas me faire bouchonner. Car oui, je l'avoue, ça m'agace de virer à l'aigre, cramoisie, quand le sommelier me prive de la carte des vins au profit d'une moitié biberonnée à la rôteuse depuis sa plus tendre enfance « à ch'Nord ». Et dire que j'ai passé trois heures à me refaire la façade… Heureusement j'ai trouvé LA solution « teint frais » grâce à quelques copines « fémivines ». Pas en parfumerie. Ni dans un reliquaire du MLF. Ironie du genre, je sauve ma peau grâce à un homme : Rémy (lien vers sa page Facebook), le pro du détournement ès vin. Après le capiteux « Tu pues du fût ! » ou le fruité « Tant qu'il y a de la vigne, il y a de l'espoir », le Montalbanais vient de commettre une nouvelle fraîcheur : un T-shirt floqué d'un poing serré, orné du libérateur « Lâchez-nous la grappe, on s'occupe du raisin ».

Disponible en taille fillette pour éviter l'allure sac à patates au 12e coup de rouge…

Jamais méchant, jamais violent, l'humour rase de frais

Le garçon est curieux, pas au sens de bizarre, au sens de pas anodin. Rémy se revendique comme un artiste identitaire, militant engagé des terroirs et des vins : « Je suis comme une étiquette de vin. Je dessine une histoire qui se raconte sur et derrière la bouteille. Mon public rassemble des gens qui ont des choses à dire, qui se rappellent à des choses simples comme le plaisir et le partage. » Il se défend pourtant de tout parti pris féministe pour sa dernière création : « Pour moi, la guerre des sexes c'est fini. Les vins sont à l'image de ceux qui le font ; ce qu'ils aiment, leur sensibilité et leurs goûts. Quand j'ai dessiné ce T-shirt, je voulais défendre l'idée de liberté au-delà de celle du féminisme. Il plaît d'ailleurs autant aux hommes qu'aux femmes. Mais, c'est vrai, je reçois beaucoup de messages de femmes pour adapter les coupes et les couleurs. » La blogosphère de Rémy bout, chauffée par une poignée d'amazones qui manient la carotte et le bâton ; l'humour en guise de panache blanc. Alors, révolution au balcon ?

Le parti d'en rire pour une guerre des drôles

« Les femmes, dans le vin, sont rétives à toute stigmatisation, explique Miss Glou Glou. Si elles ne portent pas de revendications féministes, ou réclament tel ou tel type de vin, elles tiennent à leur liberté ; celle d'avoir leur place dans le milieu, d'en être actrices. Et elles le font par le biais de la solution diplomatique la plus fine : l'humour. Mais ça, c'est parce que les femmes sont intelligentes ! » Confirmation auprès d'Anne Graindorge (lien vers https://annegraindorge.blogspot.fr), autre blogueuse et conceptrice des BachiC FilleS : « Pour ma part, je suis plutôt du genre « rentre-dedans gentiment ». Je fais ce que j'ai envie de faire et dis ce que j'ai envie de dire, mais toujours avec respect. Je suis comme ça et je me dis que beaucoup d'autres femmes sont comme moi. On ne lâche rien, mais avec le sourire et un clin d'œil. C'est un peu notre signature. » Et il n'est pas rare, Messieurs, que vous nous encouragiez. Car le vin est une fête. Peu importe qui le produit. Son caractère n'est pas une question de sexe, même si ce marketing est largement mis en avant. Nous, on use du subterfuge, c'est sûr. Vous, vous nous pardonnez nos affronts. La femme du vin joue, oui… et vous ?

Sémélé

Un grand merci à Remy pour cette superbe illustration qui colle bien au texte et pour avoir répondu à nos questions.

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2 commentaires sur cet article

IntotheWine

le 31/05/12 à 17:41

Pour retrouver ses dessins mais aussi plus d'info sur Remy : https://www.ca-bouchonne-a-paris-et-ca-debouchonne-chez-nous.com
Gérard G

le 31/05/12 à 01:06

Une belle et bonne lecture ….. ! Mais n’oublions jamais que les femmes ont toujours été bien présentes dans le « monde » du vin, des chevilles ouvrières importantes, indispensables et (trop) discrètes dans les domaines viticoles. Encore aujourd’hui, on lit trop souvent sur les étiquettes et les plaquettes publicitaires : « Domaine Robert X », or que ‘Juliette’, son épouse, a participé aux vendanges, aidé aux vinifs, étiqueté et emballé, fait la facture et la compta, en plus du souper, de le tenue de la maison (des enfants), et souvent en parallèle avec un métier à l’extérieur de l’exploitation. Alors, si elles ne sont pas considérées par beaucoup comme « vigneronnes », pour moi, elles sont le socle et la pérennité de bien des exploitations viticoles !
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