Vin bio et caca mou

Attention, le courant bio n’est pas seulement phagocyté par le prétexte marchand mais aussi par les tenants d’une Pravda du vin où toute contradiction est suspectée de fascisme.

Portés par l’heureuse prise de conscience environnementale et doublés par un effet de mode qui dure, les vins bios sont tellement tendances que le débat de savoir si untel est bon ou mauvais est mis en demeure. Le vin bio serait bon pour la santé donc bon ??? Et gare à celui qui les critique au risque de se voir taxé de facho ou, au mieux, de se faire expliquer qu’il ne comprend pas les vins.
C’est comme l’art contemporain. Si tu ne t’extasies pas à Guggenheim devant une lunette de chiotte suspendue à un clou, il ne fait aucun doute que ta sensibilité artistique soit limitée. Sans doute. Dans le vin bio, la police de la pensée est également en train de sévir.

Dernier exemple en date lors d’une virée à l’avant-comptoir de l’Odéon, sympathique adresse de Camdeborde, réputée en effet pour y découvrir de beaux flacons tendance bio. Comme d’habitude, on se bouscule à l’entrée, faut faire sa place sur le zinc, d’autant plus depuis que le proprio passe à la télé. Un rouquin à la tête qu’inspire confiance s’agite derrière le bar ; il plaisante, finit les bouteilles généreusement dans les verres.

-Tu veux boire quoi ?, dit-il comme si on se connaissait bien.
-Ce que tu as d’ouvert, je dis comme si on se connaissait bien.
-Un petit Vouvray alors…
-Parfait…

J’ai soif, il est 19 heures, bref, c’est l’heure. J’enquille, j’grimace, c’est acide, agressif, asséchant et je soupire qu’il troue les chaussettes ce Vouvray à mon voisin – un habitué ça se voit. Il me regarde perplexe du genre celui-là il n’y connaît rien.

-C’est sûr que c’est pas du champagne industriel…, dit-il avant de se souffler sa mèche et de se retourner vers son camarade pour papoter – peut-être théâtre ou littérature ?.

C’est vrai me dis-je, et même que pas mal de champagnes industriels seraient meilleurs. En bon disciple de Saint-Thomas, j’enfile le reste du verre pour confirmation. Confirmation, c’est dégueulasse.

-T’as quoi d’autres ?, je demande au barman.
-Un cahors, une bombe, dit-il.
-Cosse, Jouves, Clos d’un Jour d’Azémar ?, je réponds car j’aime bien discuter pinard, ce sont d’excellents vignerons tendance « bio » et peut-être un peu pour montrer que je m’y connais un brin.
-Ah non, ici l’ami, pas de stars, dit-il en fuyant.

Manifestement, quand il ne maîtrise pas, il botte en touche et ne compte seulement sur sur sa came. Il revient avec un magnum avec le Pont Valentré sur l’étiquette, me verse une rasade et ne jure que par lui.

-Ça c’est du vin, dit-il en souriant et impressionnant du même coup les jeunes parisiennes comme si c’était le chef d’un Fort Chabrol alimenté en vin bio en secret par les toits d’une rue adjacente.

Je mets le nez – cul de vache, je goûte, il accroche le palais sévère, dès coups à ouvrir la bouche le lendemain matin avec un démonte-pneu, je me permets de lui dire qu’il est un peu dur.

Et là, il me fait un caca mou sur mon snobisme, se fait l’avocat des vrais vins, me regarde comme si j’étais fait de souffre avec sur mon dos un Pulsar 1200 Tecnoma rempli à ras la gueule de pesticides. Rien de tout ça, simplement un amateur de vins qui s’est souvent éclaté avec des Lapierre, des Métras et autres Barral et qui là trouve les vins pas bon, pas bon du tout… C’est tout.

Au bar, je suis passé pour un méchant commercial de l’agro-alimentaire, un suppôt du lobby Monsantos, un sigisbée de la finance vinicole, dînant en ville – à Bordeaux houuuu - avec Magrez ou le fils Mondavi, voire – affreux – les deux à la fois. Toujours dans le doute, je suis allé dans les toilettes vérifier dans le miroir s’il n’était pas marqué sur mon front « Contains sulfites ». Non mais en voyant la lunette, je me suis dit qu’accrochée à un clou dans l’établissement, ça aurait de la gueule.

Ezra Pound

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12 commentaires sur cet article

Michel Smith

le 19/11/13 à 16:14

Comme Vincent Pousson, je me suis bien marré car j'ai vécu ce genre d'histoires à maintes reprises. Ces mectons devraient toujours avoir deux ou trois bonnes cuvées à portée de la main pour satisfaire les grincheux comme nous. Sinon, on traverse le boulevard et on finit à la Rhumerie avec un verre de lait chaud au rhum et à la cannelle avec un bon cigare. Et on leur pisse au cul ! ;-)
Sophie De Champagne

le 19/11/13 à 13:54

Je suis bien d'accord avec Ezra, parfois bio c'est dégueu....
Par contre , il y a des merveilles que tout opposent aux Champagnes industriels. Et pour revenir du salon des bulles bio hier à côté de Reims, je n'y ai bu vraiment que des étoiles......
Il faudra qu'Ezra vienne l'année prochaine.
Sophie De Champagne

le 19/11/13 à 13:53

Je suis bien d'accord avec Ezra, parfois bio c'est dégueu....
Par contre , il y a des merveilles que tout opposent aux Champagnes industriels. Et pour revenir du salon des bulles bio hier à côté de Reims, je n'y ai bu vraiment que des étoiles......
Il faudra qu'Ezra vienne l'année prochaine.
Berthomeau

le 19/11/13 à 10:50

Que le parisien a bon dos et que les amalgames sont faciles et lassants... Dieu sait que je croise des gros, des petits, des sales cons et autres qualificatifs sur l'ensemble de notre beau territoire. Les buveurs d'étiquettes se répartissent équitablement dans tout ce terreau des soi-disant amateurs de vin. Le nombre qui se la pètent grave tout vins compris est en hausse exponentielle... la paille et la poutre toujours...
EP

le 19/11/13 à 10:05

EP: Et quel bonheur Jean-Laurent que Les Romains et la Belle Dame de Vacheron!
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